Pendant longtemps, ils étaient considérés comme les suppôts de Satan. Loin d’être tous des militants actifs prônant un athéisme intégral, leur nombre a imperturbablement augmenté, doucement, tranquillement, sans faire l’objet d’une attention, ni vraiment d’étude particulière par les spécialistes. Néanmoins, le constat est là, le groupe des “sans religion” est devenu en un demi-siècle majoritaire en France.

Difficile pour la religion catholique traditionnelle en France, de se dire que si les gens ne croient plus en elle, ce n’est pas pour croire en une autre religion, mais pour ne plus croire de manière classique. A la manière d’un amant, elle préférait se dire que les personnes la quittent pour une autre qu’elle, mais pas à cause d’elle.

Quoi qu’il en soit, les “sans religion” représentent désormais 50 à 60 % des Français. On y retrouve d’irascibles athées, des sceptiques et des pragmatiques de tous bords, et des adeptes de pensées “probabilistes”, ceux qui se construisent leurs petites visions des choses. Souvent, il ne s’agit pas, de ne pas croire du tout, mais plutôt une défiance envers les grands corps constitués et les obligations trop marquées.

Cependant, il ne faudrait pas une nouvelle fois caricaturer. Si un religieux n’est pas forcément un fanatique intolérant, un athée n’est pas forcément un “je-m’en-foutiste” de la croyance et la pensée. Ils ont bien des valeurs auxquelles ils tiennent et qu’ils suivent. Ils ont aussi un questionnement très fort sur le monde qui les entoure, mais c’est dans la réponse que les choses sont plus troubles.

Les enquêtes sociologiques révèlent en effet, en parallèle une nette augmentation des croyances, en particulier chez les jeunes, comme la réincarnation, la vie après la mort et bien d’autres. Pour beaucoup d’entres nous, la croyance a fait place à la spiritualité.

Nous pouvons voir dans cette quête, un nouveau symptôme de cet individualisme qui progresse à travers la mise en place d’une croyance sur-mesure et à la carte, qui ne demande pas à rendre de compte, ni trop d’obligations. Elle est souvent faite de brides de différentes pensées. Hélas, cette attitude renforce un sentiment de solitude et d’indifférence. Une tendance difficile à renverser, car pour une génération qui n’a pas reçu d’éducation religieuse, une fois adulte, le langage religieux paraît hermétique et réducteur. De fait, les conversions sont très rares, surtout si l’on rajoute une actualité parfois peu favorable aux grandes religions, que ce soit dans les faits divers ou des prises de position sociétales.

Ce décrochage catholique en France date du milieu des années 1960, et a amené la France à devenir l’un des pays d’Europe, où les personnes se déclarant sans appartenance religieuse sont les plus nombreuses. Les pays européens dans le même cas, sont la Suède, la République Tchèque, l’ancienne Allemagne de l’Est et les Pays-Bas.

Crédit photo : ben white

 

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