A première vue, on peut imaginer que la présence d’une liste des Gilets jaunes aux élections européennes, n’est pas une bonne nouvelle pour le gouvernement et la liste LREM. En effet, ils se retrouvent avec un adversaire en plus. Cependant, un adage convient de diviser pour mieux régner et une nouvelle liste de contestataires, pourrait tout simplement prendre des électeurs à d’autres Partis, qui comptent bien sûr cette échéance pour se positionner. On peut donc dire, que la liste des Gilets jaunes, pourrait rebattre les cartes du jeu politique.

Pour de nombreux gilets jaunes, la constitution de cette liste est logique, elle prendra pour nom le Ralliement d’initiative citoyenne (RIC), un nom volontairement similaire au fameux “Référendum d’initiative citoyenne”. On retrouve en tête de gondole, Ingrid Levavasseur, aide-soignante de 31 ans. La liste, est composée pour l’instant d’une dizaine de noms venant d’horizons divers, comme par exemple, un fonctionnaire, un commercial, un chef d’entreprise, un juriste ou une mère au foyer. L’objectif est de constituer une liste complète de 79 candidats d’ici “mi-février”, a précisé l’un de ses responsables, Hayk Shahinyan, qui occupera la fonction de directeur de campagne.

Nous ne sommes pas dans une complète surprise, car l’idée d’une liste de Gilets jaunes, a rassemblé 13 % d’intentions de vote, d’après un sondage Elabe pour BFMTV, publié le 23 janvier. Ce type de sondage, a dû pousser certains gilets jaunes à vouloir passer le cap. Ce résultat propulserait tout simplement la liste en 3e position juste derrière LREM (23,5 %) et le Rassemblement national (20,5 %).

L’accueil de cette nouvelle liste est diversement perçu. Du côté des Marcheurs, on est largement serein, et même un peu content. Il apparaît clair, que cette liste ne recueillera pas les votes de l’électorat LREM, donc si cela peut affaiblir les Partis opposants, c’est plutôt réjouissant. Cela aura comme mérite pour le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux de faire sortir quelques loups anonymes du bois et d’éparpiller la contestation.

Evidemment, on fait la même analyse du côté du rassemblement National, pour une constatation qui n’arrange pas du tout les affaires. Les premières estimations, font état d’une perte trois points au Parti de Marine Le Pen avec cette nouvelle liste sur l’échiquier électoral. De là à voir dans cette initiative de liste Gilets jaunes, une magouille du pouvoir, il n’y a qu’un pas que Gilbert Collard franchit allègrement.

Comme on peut s’y attendre, l’électorat des Gilets jaunes viendrait essentiellement des Partis d’opposition et surtout de droite. Ceux-ci, ne vont pas tarder à réagir pour espérer dissuader et discréditer ces gilets jaunes de maintenir leur liste. Les opposants comme Nicolas Dupont-Aignan, ont beaucoup apprécié et soutenu le mouvement quand celui-ci maintenait une pression sur le gouvernement. Cependant, si maintenant, il quitte les ronds-points, pour venir se mêler aux joutes électorales, ça va être plus délicat.

Il y a donc un énorme chantier pour la suite de cette liste, il va falloir se confronter à la réalité du terrain électoral, qui va faire perdre un peu de l’image idéalisée du mouvement apolitique. Il faut définir, si ce n’est un programme, au moins des propositions concrètes.

Enfin, le plus difficile sera d’entrer dans l’arène politique, avec tous ces méandres et ses coups bas. Ils vont vite s’apercevoir que par calcul, récupération ou simple jalousie, nombreux de leurs ex-compagnons de lutte, vont s’avérer féroce et très dur avec eux.

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