Bientôt les élections présidentielles, la guerre fait rage pour les primaires de chaque camp. A droite, la course est ouvertement lancée, et chaque candidat avance ses billes. A gauche, c’est pour l’instant plus feutrée, mais pas moins intense et compliquée. La preuve, on va avoir recours à la justice. Trois adhérents du Parti socialiste demandent à la justice de trancher sur l’organisation d’une primaire. Le tribunal de grande instance de Paris se prononcera le 15 juin sur cette demande.

Les trois empêcheurs de tourner en rond s’appellent, Yassir Hammoud, Barnabé Louche et Salem Aounit, ils assurent que leur formation politique ne respecte pas les statuts du parti. “Cela fait des mois que nous portons la même requête. Nous souhaitons que la direction du parti applique les statuts. Nous avons tenté de solliciter Jean-Christophe Cambadélis par de multiples canaux, notamment par courrier”, insiste Barnabé Louche, élu local en Ardèche. “Nous n’avons eu aucune réponse. Face à l’attitude méprisante du Premier secrétaire, nous nous sommes résolus à intenter une action judiciaire. Ce n’est pas un plaisir pour nous, c’est un combat démocratique“.

Du côté du parti, on se veut rassurant, et Yves Baudelot, précise tout d’abord “qu’un tribunal ne peut pas donner des injonctions à un parti politique”. Le conseil national du PS a approuvé le 9 avril, à l’unanimité, le principe d’une primaire de la gauche, et des écologistes au début de décembre, tout en renvoyant au mois de juin leur décision finale. Parmi les proches de François Hollande nombreux sont ceux qui pensent que le chef de l’Etat n’a pas besoin de se prêter à l’exercice.

Les mêmes proches voient dans cette action l’ombre d’Arnaud Montebourg. Celui-ci insiste pour démontrer aux sympathisants que le PS veut éviter une confrontation, et par conséquent retirer le pouvoir de choisir. La question est si délicate que l’avocat Jean-Pierre Mignard, très proche de François Hollande, a démissionné de la présidence de la haute autorité éthique du PS, chargée de faire respecter les règles du parti.

Du côté des partenaires potentiels, on ne sent pas non plus une grande motivation. Le front de gauche est de plus en plus engagé derrière Jean-Luc Mélenchon. Europe Écologie-Les-Verts, pour sa part, a retrouvé de vieux réflexes, en renouant avec les divisions, et les états d’âme. Daniel Cohn-Bendit, lui-même, a déjà déclaré que la primaire à gauche n’est plus possible en raison “d’un climat politico-culturel qui la rend « infaisable”. Thomas Piketty, pour sa part découvre le monde politique et ses pratiques. Il a le sentiment que Cambadélis balade tout le monde en se disant favorable à une primaire…à condition que le PS n’y présente qu’un candidat !

Une primaire, c’est complexe, mais quand il s’agit de prendre ou de garder le pouvoir cela fait aussi appel à des attitudes…primaires.

Crédit photo :  Jahi Tore