Il vient de naître, c’est un beau bébé comme des millions d’autres, il apparaît dans les bras de sa…en fait non ! Il n’est pas tout à fait comme les autres, car c’est le premier bébé conçu grâce à une nouvelle technique expérimentale consistant à utiliser l’ADN de deux femmes dans l’embryon pour éviter la transmission d’une maladie héréditaire maternelle. Il devrait donc apparaître dans les bras de ses deux mamans et de son papa.

Cette naissance date déjà du mois d’avril, mais elle suscite, pas mal de polémiques. Le but affiché des chercheurs est d’éviter, que la mère ne transmette à son enfant des gènes responsables du syndrome de Leigh. Ce syndrome, est un trouble métabolique héréditaire rare, qui se caractérise par la dégénérescence du système nerveux central. C’est une équipe médicale internationale menée par le Dr John Zhang, du Centre New Hope Fertility à New-York, qui a réalisé cela en utilisant une technique inédite de transfert des matériaux génétiques du noyau. Les médecins ont transféré les matériaux génétiques contenant les chromosomes de la mère dans un ovule d’une donneuse dont les matériaux génétiques avaient été enlevés.
Cependant, l’opération a eu lieu au Mexique, car ce type de conception assistée n’est pas autorisé aux États-Unis.
Comme souvent, dans ce type d’opération incluant la génétique, de nombreuses voix scientifiques se font entendre pour mettre en garde sur les conséquences futures.  Marcy Darnovsky, directrice du Center for Genetics and Society, une ONG basée à Berkeley en Californie par exemple, explique que l’intervention est « risquée avec des conséquences imprévisibles sur la santé de l’enfant et des futures générations ». Même son de cloche chez le professeur Justin St John, du Centre des maladies génétiques à l’université Monash en Australie qui déclare, « vu que cette technologie est controversée et qu’il s’agit d’une première avec des humains, l’équipe de recherche aurait dû soumettre préalablement une étude clinique complète avec toutes les données pour être examinées par des experts ».
Le même Professeur conçoit tout de même, que “si toutes les données cliniques sont solides, cela représente une première pour le traitement de certaines maladies très graves”. Il est rejoint par le Dr Owen K. Davis, président de l’ASRM, « ces travaux représentent une avancée importante en médecine de la reproduction, car les maladies mitochondriales restent un problème important et difficile », « si d’autres recherches permettent d’établir la sûreté et l’efficacité de cette technique de transfert des matériaux génétiques, on pourrait l’envisager comme une option pour les femmes risquant de transmettre des maladies mitochondriales à leurs enfants », a-t-il ajouté.
Il faut se rappeler, que dans les années 1990, des embryologistes avaient déjà essayé de créer un bébé en utilisant de l’ADN provenant de trois personnes. Au bout du compte, ils se sont avérés incapables de déterminer s’il y avait effectivement eu transfert d’ADN.

 

Crédit photo : nicolas biraud