Site_nucléaire_de_CruasLes académies des sciences et des technologies françaises et allemandes ont annoncé le vendredi 10 juillet dernier leur volonté de collaborer pour la transition énergétique et ont appelé nos gouvernements respectifs à renforcer leur coopération mutuelle en vue de la prochaine Conférence internationale sur le climat de Paris. Une démarche prometteuse qui devra pour fonctionner faire table rase des divergences opposant la France et l’Allemagne sur la question du nucléaire et des énergies fossiles.

Les Académies des sciences et les Académies des technologies françaises et allemandes ont élaboré une déclaration commune en vue de la COP 21, pour définir les axes prioritaires qui permettront de satisfaire la demande mondiale d’énergie, restreindre la consommation d’énergie dans les pays développés et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une déclaration de principe qui appelle dans le même temps à une meilleure coopération franco-allemande en matière énergétique et environnementale.

Comme l’a expliqué Catherine Bréchignac, ambassadeur pour la science et la technologie, et Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, “nous les français et allemands avons trop l’habitude de regarder nos différences, avant nos points communs. Au-delà des divergences de nos politiques énergétiques, nous avons cherché à travailler et avancer ensemble” (propos relayés par Industrie & Technologies). Une initiative louable donc mais qui paraît toutefois difficilement réalisable tant nos deux pays s’opposent d’un point de vue énergétique.

La question du nucléaire par exemple, au cœur de nos divergences, ne manquerait pas dans ce cadre de revenir au devant de la scène pour contrarier un tel élan collaboratif. Contrairement à la France, l’Allemagne a fait le choix depuis la catastrophe de Fukushima en 2011 de se désengager progressivement de l’énergie nucléaire d’ici à 2022 et d’atteindre à cette même date une part d’énergies renouvelables dans son mix énergétique de plus de 80%. Un choix ambitieux certes (voire trop ambitieux pour certains) mais qui paraît quelque peu précipité au regard des enjeux climatiques actuels. Car si l’Allemagne développe effectivement ses capacités de production renouvelable à un rythme régulier, les fermetures successives des centrales nucléaires restent aujourd’hui principalement compensées par l’augmentation de la production d’électricité au charbon (fortement émettrice de gaz à effet de serre) et mettent en péril la sécurité d’approvisionnement du réseau électrique national.

Dernier exemple en date, la fermeture anticipée de la centrale nucléaire de Grafenrheinfeld par l’exploitant E.ON le samedi 25 juin dernier (alors que les nouvelles lignes ne sont pas opérationnelles) fait peser une pression supplémentaire sur le réseau et menace donc l’approvisionnement. “La fermeture de Grafenrheinfeld peut être traitée, mais seulement avec une intervention supplémentaire par nos ingénieurs de réseau, et ce cas bien précis montre comment les réseaux vont devenir de plus en plus vulnérables lorsque les centrales nucléaires vont fermées alors que les nouvelles lignes électriques ne seront pas terminées”, explique Urban Keussen, président de TenneT TSO, filiale allemande du groupe néerlandais TenneT Holding BV.

La production énergétique de la France repose quant à elle pour une majeure partie sur le nucléaire (75%) et peut se prévaloir d’un indice d’émission de CO2 largement favorable de 5 tonnes de CO2 par an contre plus de 9 tonnes en Allemagne. En termes d’énergie primaire, la part des énergies fossiles est de 53 % en France alors qu’elle est de plus de 80 % en Allemagne qui a vu sa consommation de charbon exploser ces dernières années.

Cela étant, et malgré ces différences fondamentales, académiciens allemands et français estiment qu’il est possible d’apprendre les uns des autres et de tirer les enseignements de ces dernières décennies. “La politique énergétique a un seul but : diminuer les émissions de gaz à effet de serre et une telle politique a besoin que soient combinées différentes approches, un processus qui sera facilité par le rapprochement des deux pays” précise Sébastien Candel, vice-président de l’Académie des sciences.

Les groupes de travail des académies ont par ailleurs identifié plusieurs thèmes de la transition énergétique sur lesquels la France et l’Allemagne pourrait collaborer. On peut citer entre autres, l’efficacité énergétique, l’infrastructure de réseau et les réseaux intelligents, la mobilité, l’énergie nucléaire, la fusion nucléaire, les énergies renouvelables, et les aspects sociaux et économiques de la transition énergétique.

Crédits photo : Jean-Louis Zimmermann