Nous le savons tous, le temps de la justice n’est pas le même que le nôtre. Le procès qui va bientôt avoir lieu, nous ramène dix ans en arrière. 10 ans, et bien sûr, rien n’a été oublié de cette vague de suicides d’employés à France Télécom. En jeu, la responsabilité des dirigeants dans un implacable management aux conséquences désastreuses. Avant le début du procès, la CFE-CGC, la CFTC, la CGC, FO et Sud, ont fait savoir par voie de presse qu’ils souhaitent que la procédure débouche sur des indemnisations pour les victimes.

Depuis, on ne dit plus France Télécom, on dit Orange, mais pour les familles des victimes, le prix de l’évolution du groupe a été très cher payé. C’est pour cela, que les syndicats de l’ex-France Télécom, ont convié la presse pour expliquer leurs attentes lors du procès à venir du groupe. Il apparaît important de bien mettre la pression, afin de rappeler la responsabilité de l’opérateur et de ses anciens dirigeants.

Ce procès a pour but de déterminer quel est le degré des conséquences de la mise place d’un vaste plan de restructuration, baptisé NEXT, visant à supprimer 22 000 postes entre 2006 et 2008, sur la vague de suicides qui a eu lieu dans l’entreprise entre 2008 et 2009.

À l’époque, pour Didier Lombard, et selon ses propres termes, il fallait supprimer des postes quitte à le faire “par la porte et par la fenêtre”. Des mots terribles qui résonnent pour les familles de 39 salariés au moins dont 19 sont morts. Une procédure judiciaire, a été mise en place et les juges d’instruction ont renvoyé en correctionnelle France Télécom, comme personne morale, ainsi que Didier Lombard et six autres dirigeants de l’opérateur. Ce procès pour harcèlement moral, doit déterminer précisément la responsabilité de chacun dans “une politique visant à déstabiliser les salariés”. Le procès débutera le 6 mai, et doit s’achever le 2 juillet.

Les syndicats se sont portés parties civiles, comme pour les associations de victimes. Ils vont veiller à bien rappeler durant les 45 jours du procès “la violence incroyable” essuyée par les salariés de France Télécom pendant le plan NEXT, souligne Patrick Ackermann, responsable chez Sud.

C’est la grande mobilisation du côté des syndicats, qui ne vont pas rater l’occasion de montrer et de rappeler leur utilité aux yeux de tous. Le geste le plus évident apparaît être la mise en place d’indemnisations et réparations pour les victimes, leurs familles, et tous les salariés de France Télécom impactés par cet épisode. En parallèle, il est clair que si la responsabilité de Didier Lombard est effective, la retraite chapeau de 7 millions qui lui a été versée est peut-être légale, mais elle apparaît parfaitement indécente et immorale.

Au-delà des personnes, le procès doit comme toujours servir aussi d’exemple. Il s’agit avant tout, de prévenir des excès qui aboutissent à des drames. Un procès, un jugement et ses conséquences permettront de ne plus se cacher à l’avenir derrière “on ne pouvait pas savoir”.

C’est certainement un des axes de défense que va utiliser de son côté, Orange, qui conteste les accusations portées contre l’entreprise et son ancienne direction. Selon les avocats, il n’y a pas de conséquences et de relations directes entre la vague de suicides et les orientations du plan Next. Comme souvent, on risque de s’orienter vers une suite de dysfonctionnements internes qui aboutiraient invariablement à la condamnation de cadres médians à qui on va reprocher trop de zèle ou un manque de discernement. La défense, évoquera-t-elle la fragilité de cadres et d’employés pas vraiment capables de supporter, à cause de facteurs extérieurs, un accroissement de la pression indispensable pour avoir des résultats ?

Qui a dit “responsable, mais pas coupable” ?

Crédit photo : Becky Mayhew