Quand on parle violon, même un néophyte en arrive à évoquer Stradivarius. Les violons fabriqués par le célèbre luthier italien Antonio Stradivari sont les références ultimes. Cependant, des tests menés en aveugle auprès d’auditeurs et de musiciens, tendent à démontrer que des instruments modernes sont maintenant capables d’égaler voire de dépasser en qualité les célèbres violons du XVIIe et XVIIIe siècle.

L’Académie américaine des sciences (PNAS) vient de publier un compte-rendu des tests menés en aveugle par une équipe de scientifiques franco-américaine auprès d’auditeurs et de musiciens. Les conditions de ces tests se sont effectuées, avec deux groupes de personnes, qui ne voyaient pas les instruments utilisés. Au total, ce sont 137 auditeurs, dont 55 dans un auditorium de 300 places près de Paris et 82 dans une salle de concert de 860 sièges à New-York, qui ont écouté des musiciens jouer sur trois violons modernes et trois Stradivarius. Les violonistes se sont produits avec et sans orchestre. Il apparaît, que les auditeurs ont préféré le son produit par les instruments modernes de moins de dix ans, en fonction du critère dit de “projection sonore”.
C’est justement cette propriété de projection, qui est la qualité tant recherchée chez les Stradivarius par les solistes. Jusqu’ici, elle apparaissait supérieure à celles des instruments récents. Claudia Fritz, du Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), qui a travaillé pour cette étude, a déclaré, “c’est la première fois qu’un tel test est fait de manière scientifique, en aveugle, et de manière précise pour mesurer les différentes perceptions”.
Il ne s’agit nullement de dénigrer la qualité des Stradivarius, qui reste une référence à la matière. De plus, ces tests ne jugent en rien les autres qualités de ces instruments, que peut représenter la beauté, l’histoire de l’instrument, mais aussi, la relation que peut avoir un musicien et les sensations que peut apporter une matière noble et organique sur la qualité et la perception d’un musicien sur son interprétation.
Cependant, l’étude préconise que les violonistes choisissent leur instrument à l’aveugle pour éviter qu’ils ne soient influencés par le prestige d’un célèbre luthier. Elle suggère aussi que les solistes auraient peut être intérêt à privilégier les violons de fabrication moderne, en s’assurant que la marque de leur instrument soit cachée au jury dans le cadre d’un concours et au public lors d’un concert.
Il est évident, que cette démarche tendrait à diminuer la pression et la spéculation qui entoure les 650 instruments du célèbre luthier encore existant, dont les prix flambent et peuvent atteindre des millions de dollars.

Crédit photo : Matt Williams