Les raisons de la tension entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, n’apparaissent pas complètement évidentes à nos yeux d’occidentaux, pour qui les deux pays semblaient très proches. En fait, depuis plusieurs années déjà, Doha essaie justement de s’affranchir de l’influence saoudienne. Le Qatar par exemple, affiche de plus en plus de divergences idéologiques de taille, et des prises de positions plus autonomes. Voilà, qui constitue des éléments de compréhension de la situation actuelle.

 Cela ressemble à une grosse crise de jalousie, l’Arabie Saoudite a rompu tout lien diplomatique et économique avec son voisin qatari. Il le déclare « infréquentable » en évoquant de manière très hypocrite, que le Qatar participe à des mouvements terroristes, alors que l’on connaît tous, l’implication de Riyad dans le financement de l’islamisme intégral. En fait, le tort du petit émirat, c’est son rapprochement avec l’ennemi régional de toujours des sunnites de L’Arabie Saoudite, c’est-à-dire l’Iran et le chiisme.

 Le Qatar, ne veut plus se retrouver dans le même sac, et être assimilé à son grand voisin wahhabite, qui représente l’une des formes les plus rigoristes et radicales de l’Islam. De plus, Riyad s’est fait une spécialité d’exporter son modèle à l’international, alors que le Qatar non. Trop souvent, Arabie Saoudite et Qatar sont associés dans l’imaginaire collectif. Pourtant, le petit Etat se passerait bien pour son image et sa vision tournée vers l’international, du wahhabisme dont se réfèrent aussi dans sa vision armée les djihadistes de l’État islamique et, avant eux, ceux d’Al-Qaïda, dont l’ancien chef, Oussama ben Laden, qui était d’ailleurs Saoudien.

 Cependant, ce n’est pas tout, fort de sa manne financière venant du pétrole, Le Qatar a décidé de ne plus seulement investir dans les armes, mais sur le terrain de la séduction et des relations. Il multiplie par exemple, les investissements de prestige et d’image comme le Musée des arts islamiques qui voit ainsi le jour à Doha, le rachat du club de football du Paris Saint-Germain, le lancement de la chaîne télévisée dédiée au sport, Bein Sports. Enfin, il a réussi à avoir pour 2022, l’événement sportif le plus populaire de la planète, c’est-à-dire la Coupe du monde. Il compte bien en faire une belle vitrine d’un pays résolument moderne.

 Cette attitude fait des émules, et les Émirats arabes unis, qui accueillent depuis 2009 tous les ans, à Abou Dhabi, un grand-prix de Formule 1.

 Certains spécialistes n’hésitent pas à parler de « désalafisation » des sociétés et un retour à plus de particularisme et de souveraineté culturelle. Il n’est pas sûr, que le grand et puissant voisin l’entende de cette oreille.

Crédit photo : Qais Alamar