Le fichage des enfants à risque dès l’âge de 5 ans : Sarkozy l’avait évoqué pendant sa campagne en 2007, et l’an dernier, l’ancien secrétaire d’Etat à la justice, Jean-Marie Bockel avait provoqué un tollé en proposant de repérer les troubles du comportement dès 3 ans. Malgré tout, il semblerait que le Ministère de l’Education Nationale s’apprête à passer à l’action.

Dans les jours qui viennent, un document préconisant l’évaluation des élèves à risque dès l’âge de 5 ans devrait être présentés aux inspecteurs d’académie. Il présente une action d’évaluation censée permettre d’anticiper l’échec scolaire au plus tôt,

Evaluer le comportement et les facultés d’apprentissage de leurs élèves, les instituteurs le font déjà tous les jours dans le cadre de leur métier. C’est plutôt la systématisation du procédé et la classification des élèves selon une terminologie dérangeante qui interpelle.

Selon l’évaluation décrite dans le document, les élèves seraient en effet classifiés en trois catégories dès la grande section de maternelle : RAS (rien à signaler), risque et haut risque. Un vocabulaire plutôt anxiogène, invitant quasiment à penser qu’un futur criminel habite chaque enfant de cinq ans classé à « haut risque ».

Le document implique également que les résultats de chaque école soient rendus publics. Inévitablement les écoles seraient donc classées et hiérarchisées comme le sont déjà les collèges et les lycées. Avec toutes les conséquences négatives que cette hiérarchisation aurait pour des quartiers qui connaissent déjà suffisamment de difficultés…

Evidemment la mise en œuvre de cette action aura inévitablement un coût. Hors l’éducation manque actuellement de moyens probablement plus élémentaires, et les RASED (réseaux d’aide spécialisé aux enfants en difficulté), qui ont justement vocation à aider spécifiquement les élèves en difficulté, sont supprimés progressivement par le gouvernement depuis 2008.

On peut aussi condamner l’obsession de tout vouloir étiqueter, catégoriser, y-compris des enfants en bas-âge dont on ferrait mieux à la limite d’évaluer les parents.

Et quand bien même cette classification puisse permettre de mieux anticiper l’échec scolaire, catégoriser des enfants aussi jeunes a-t-il un sens ? On connaît tous un premier de la classe qui n’a pas eu la vie qu’on attendant de lui et un ancien cancre qui a réussi.