C’est un dilemme, qui se pose pour de nombreux électeurs, notamment chez les partisans de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas donné de conseil de vote. Leur analyse les amène à considérer qu’ils se retrouvent à choisir entre la peste et le choléra. Non seulement, ce nouvel abstentionniste fait part de ses doutes, mais il le revendique. Sur les réseaux sociaux, il attaque et invective ceux qui tout simplement essayent de prendre leurs responsabilités. On assiste à la naissance de l’abstentionniste extrêmiste.

Il semblerait, que l’idée du “Front républicain” qui a naguère poussé le “peuple de gauche”, dont Jean-Luc Mélenchon lui-même, à voter Jacques Chirac sans états d’âme contre Jean-Marie Le Pen, pour faire barrage au Front national, s’est légèrement fissurée. Les Insoumis semblent avoir humé le vent de la victoire, il ne ressemble pas à celui de la contestation pur et simple. Il s’agit de ce doux fumet qui vous “met l’eau à la bouche” ou plutôt le pouvoir a porté de main. La déception de la défaite, n’en est que plus grande et l’amertume plus difficile à digérer.
Alors, on en devient un peu plus aigri, la vue se trouble, le flou de la colère brouille les choses, et on oublie les priorités et les enjeux. La question du deuxième tour pour ceux dont le candidat est éliminé n’est plus de vouloir, mais de choisir et choisir, c’est toujours perdre.
La lutte contre le Front national peut prendre, pour ceux qui le veulent, des formes très différentes. Cela peut être un engagement dans un mouvement, la participation à des manifestations, des posts sur les réseaux sociaux, ou une prise de position dans des discussions. C’est souvent très romantique, valorisant, exaltant, ces engagements donnent l’impression de vivre des moments uniques.
Cependant, parfois la lutte passe aussi par des “actes” moins gratifiants, plus anonymes, et disons-le clairement, plus difficile moralement et intellectuellement. Ce type de décision qu’il faut prendre, malgré tout, en sachant qu’aucune gloire ne viendra nous récompenser, juste la satisfaction intime d’avoir fait ce qui doit être fait pour être en accord avec ce que l’on défend et non pas ce que l’on veut. Le type de décision que l’on prend dans la solitude de l’isoloir.
S’abstenir, ou ne pas s’abstenir, à chacun de voir, mais serait-il possible tant qu’à s’abstenir, de le faire complètement. Inutile d’attaquer un seul candidat pour expliquer sa position et ainsi donner de l’eau au moulin à l’autre camp.
A moins, qu’au bout du compte, parmi ces abstentionniste extrêmes ne se cachent quelques uns qui ne seraient pas mécontents, et cachent secrètement l’envie qu’elle arrive au pouvoir ? Non quand même pas !
Crédit photo : Delphine Meunier