PENURIE ESSENCE_photo de Dominique LenoirC’est ce que l’on appelle véritablement “une annonce de circonstance”, car il s’agit de rassurer et d’enrayer une peur inhérente à notre société de consommation, la peur de “manquer”. Le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, a affirmé dimanche « qu’il n’y avait pas de risque de pénurie de carburant » pour la semaine prochaine dans les stations françaises. Il demande aux automobilistes de ne pas céder à la panique.

Si l’on regarde la situation avec un peu recul, il apparaît que sur les 12 000 stations essence de France, “il y en a à peine 1 500 qui sont impactées en totalité ou en partie, ça fait moins de 20 %, certes, concentrées dans certaines régions”, a expliqué le secrétaire d’État. La situation en Loire-Atlantique semble tout de même plus difficile, à cause de la reconduction du blocage de la raffinerie Total de Donges. Sur les 241 stations recensées, 70 sont totalement ou partiellement à sec, 80 sont en « situation délicate » entraînant des « restrictions de la distribution de leur propre chef “, assure le préfet, Henri-Michel Comet.

Cependant, il est du devoir du gouvernement, et de ses représentants, de calmer la panique classique, lié à la crainte de manquer de carburant. Celle-ci se traduit traditionnellement par une ruée vers les pompes dans plusieurs villes de l’Ouest de la France. Il revient automatiquement en mémoire le mois d’octobre 2010, un blocus des raffineries françaises, lié au mouvement de protestation contre la réforme des retraites avait déjà paralysé l’approvisionnement des stations-service pendant une dizaine de jours. De manière assez traditionnelle, c’est la ruée aux pompes et une demande multipliée, qui induit la pénurie, plus que le manque lui-même.

Alain Vidalies précise « que le gouvernement allait faire en sorte qu’un certain nombre de stocks soient libérés ». Il y a aussi, a disposition les stocks stratégiques, qui permettent à la France d’avoir, de nombreuses semaines de consommation devant elles.

En déclarant haut et fort qu’il y a encore des réserves, le gouvernement poursuit deux objectifs, rassurer les consommateurs et décourager les grévistes sur l’efficacité à court terme de leurs actions et miser sur l’essoufflement.

Au passage, Alain Vidalies en a profité pour faire quelques remarques plus politiques. Très malicieusement, il a fait remarquer qu’il est surprenant que la CGT et FO appellent à ne pas cesser les actions de blocage, malgré la garantie qu’il leur a apportée samedi, que le projet de loi travail ne modifierait pas leur régime dérogatoire sur les heures supplémentaires. “S’il n’y avait pas une reprise du travail, cela dénaturerait a posteriori la réalité de ce mouvement, ça voudrait dire que ce n’était pas cette question-là celle des heures supplémentaires, qui était majeure pour ceux qui appelaient à la grève, mais autres préoccupations”, a-t-il déclaré.

Vous ne ressentez pas vous aussi, cette sensation terrible de déjà vu et déjà vécu.

Crédit photo : Dominique Lenoir