Finalement, les chantiers de Saint-Nazaire vont passer sous le drapeau du groupe italien Fincantieri. Un nouvel épisode de la vie particulièrement mouvementée de ce qui reste le dernier fleuron naval Français. On a imaginé durant quelque temps, l’éventualité d’une nationalisation, et des politiques comme Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan étaient particulièrement favorables à cette option.

Le gouvernement français a tranché, cependant, le groupe de construction navale italienne Fincantieri devra rester minoritaire pendant au moins huit ans. Il sera accompagné d’un investisseur italien indépendant, la Fundazione CR Trieste, tandis que l’État français, qui détiendra toujours 33 % du capital de STX France, conservera un droit de veto, a déclaré le secrétaire d’État à l’Industrie Christophe Sirugue, le français DCNS entrera au capital.
Du côté syndical, on est au mieux, partagé comme La CFDT qui essaye de se montrer rassurante, et met en avant les garanties obtenues par l’État français et au pire inquiet comme la CGT. « Il n’y a aucune garantie sur le maintien des emplois et un vrai plan d’embauche massif aux chantiers, comme c’est nécessaire, ni sur les investissements industriels » souligne la CGT. Idem pour FO, pour qui le montage « est une nationalisation italienne déguisée », car Fincantieri est contrôlée à 75 % par l’État italien.
Les chantiers de Saint-Nazaire, que le constructeur italien va absorber sans pour autant devenir majoritaire, représentent aujourd’hui 2 600 salariés et plus de 5 000 salariés chez les sous-traitants. C’est aussi, un carnet de commandes bien rempli, avec 14 paquebots à construire d’ici à 2026 pour ses deux principaux clients, l’Italo-Suisse MSC Croisières et l’Américain Royal Caribbean.
Une bonne santé que les chantiers doivent à une politique de diversification menée depuis plusieurs années avec la construction de fondations d’éoliennes offshore et de sous-stations électriques, ce qui permet de pallier l’activité cyclique de la construction navale.
Une nouvelle croisière commence donc pour les chantiers de Saint-Nazaire, qui ont connu de nombreux armateurs à leur tête depuis leur création en 1861 (sous le nom de Compagnie générale transatlantique, CGT) et la sortie en 1864 de « l’Impératrice Eugénie ». Ce sera le premier d’une liste de plus de 120 paquebots dont le “Normandie”, mis en service en 1935 puis le célèbre “France”, inauguré en 1960.
Néanmoins, les chantiers n’ont pas fait que naviguer au large et pavillon haut. En 1976, la crise pétrolière amène à conclure un premier mariage d’intérêt avec Alstom avant d’en devenir une filiale en 1984. Les chantiers ont dû affronter alors la concurrence européenne, puis asiatique. Les chantiers sont passés respectivement sous la bannière du norvégien Aker Yards, puis courant 2008, Aker Yards est passé sous l’égide du sud-coréen STX Shipbuilding qui a rebaptisé les chantiers “STX France”.
Il reste tout de même le fleuron français, doté de la forme de construction la plus grande d’Europe (950 m), et capable de sortir le “Harmony of the Seas”.

Crédit photo : Jean Goulot