Nicolas Hulot est le ministre d’État à la transition écologique et solidaire du gouvernement d’Édouard Philippe. Pour le gouvernement, c’est une victoire incontestable. C’est une passerelle, et une caution indiscutable pour s’adresser aux écolos avant les législatives. Du côté de Nicolas Hulot, à 62 ans, on peut penser qu’il a dû en avoir assez de regarder les choses se faire sans influer directement. En aura-t-il vraiment le pouvoir et jusqu’où ?

Jusqu’ici, l’écologiste français le plus populaire, avait rejeté de nombreuses propositions de participation à des gouvernements. Dernièrement, il se disait encore « en colère » devant le peu de place sur des questions environnementales importantes pour notre futur pendant la campagne. Il ne peut plus ignorer, que contrairement à lui, une partie de ses collègues ministres sont plutôt des défenseurs de politique classique en matière énergétique et très libérale au niveau économique avec par exemple le nucléaire, ou des accords de libre-échange.
Il explique son engagement simplement en déclarant, « ceux qui me connaissent savent qu’être ministre n’est pas pour moi un objectif en soi. Je pèse toutes les implications de cette décision. Cependant, j’ai l’intention, sans en avoir la certitude, que la donne politique ouvre une nouvelle opportunité d’action que je ne peux ignorer ». Il ajoute, « l’urgence de la situation m’impose de tout tenter pour faire émerger le nouveau modèle de société que nous appelons de nos vœux ».
Il est donc intéressant de comprendre les arguments, que Macron a su mettre en avant pour convaincre. Pascal Canfin, patron du WWF-France, et ancien ministre de Hollande, avance d’une part, « le fait qu’il n’ait cette fois-ci pas dû choisir un camp entre la droite et la gauche a facilité son engagement, avec la possibilité d’utiliser sa puissance médiatique, et  popularité auprès des Français ». Pour Alain Grandjean, du conseil scientifique de la Fondation Hulot, « le côté universaliste de Macron face à un Trump déchaîné a aussi été important. Hulot s’est dit que si on ne redynamise pas les enjeux écologiques et climatiques au niveau européen, ça va être une boucherie ».
Il y a bien sûr aussi les conditions, que Nicolas Hulot a dû réussir à faire accepter. Toujours selon Grandjean, « il ne veut pas qu’il y ait un ministre écolo dans son coin, qui s’occupe des petites fleurs et du carbone, et de l’autre côté un gouvernement qui fait ce qu’il veut sur le social ». Sur ce plan, il reste fidèle à sa vision, qui unit les questions écologiques et sociales et les inégalités environnementales (les plus pauvres souffrent le plus, des diverses pollutions et atteintes à l’environnement). La possibilité d’avoir un ministère important comprenant l’énergie et les transports a influé sur sa décision de participer au gouvernement. Pour lui, l’écologie s’englobe et dépend d’une vision plus large de solidarité et de paix sociale.
Cependant, il va être attendu sur sa capacité d’influer notamment, pour que l’aide publique au développement atteigne enfin les 0,7 % du revenu national brut contre à peine la moitié actuellement. Il sera surtout difficile de convaincre l’ancien banquier Emmanuel Macron de légiférer pour taxer les transactions financières européennes, dont une partie serait destinée à la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays du sud.
Il va aussi falloir, évoquer la loi de transition énergétique de 2015, qui engage notamment les gouvernements à faire baisser de 50 %, la part du nucléaire, dans le mix électrique d’ici 2025.
La suite nous éclairera sur ce pari, mais n’oublions pas, qu’il n’y a que ceux qui ne tentent rien, qui ne se trompent jamais.