La maladie d’Alzheimer devait être une priorité nationale de la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais avec le déremboursement probable de plusieurs médicaments utilisés pour réduire les symptômes de la maladie, le gouvernement pourrait tirer un trait sur l’avis des professions médicales… au risque de priver des milliers de personnes âgées de ces traitements indispensables.

Ce sont quatre molécules anti-Alzheimer (Galantamine, Mémantine, Donépézi, Rivastigmine) dont le “service médical rendu” pourrait être revu à la baisse, passant au niveau 1 sur une échelle de 4. Avec cette proposition de la Haute Autorité de Santé (HAS), ces traitements deviendraient des “médicaments de confort” et devraient être déremboursés par l’Assurance maladie.

Il est vrai que ces traitements n’ont pas d’effets curatifs. Mais concrètement, ils jouent pourtant un rôle capital dans l’accompagnement des malades en réduisant considérablement les troubles comportementaux et cognitifs associés à la maladie d’Alzheimer.

Le professeur Jacques Touchon, chef du service de neurologie du CHU de Montpellier, reconnaît l’importance de ces traitements dans l’accompagnement des malades. Parce qu’ils réduisent les symptômes de la maladie d’Alzheimer, “ces médicaments sont indispensables” déclare-t-il.

De son côté, Bruno Dubois, neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, note que l’efficacité de ces médicaments est réelle. “Il y a danger à ne se fonder que sur la seule rationalité économique”.

Alzheimer, c’était pourtant une des priorités nationales de Nicolas Sarkozy, au point de lancer en 2008 un plan sur trois ans visant à lutter contre cette maladie qui touche une femme sur quatre et un homme sur cinq après 85 ans. Le plan Alzheimer 2008-2012 devait accroitre l’effort sur la recherche, le traitement médical et l’accompagnement social des malades.

Peine perdue. Car on a beau chercher, il n’y a aucun lien entre la décision de dérembourser ces médicaments et la priorité mise par Nicolas Sarkozy sur la maladie d’Alzheimer. Si ces médicaments n’ont pas d’effets curatifs, ils sont d’un intérêt immense dans le ralentissement de la maladie et l’accompagnement des malades et de leurs familles.

Après le déremboursement, on peut donc s’attendre à l’accentuation d’une médecine à deux vitesses pour les seniors où seuls les plus riches pourront bénéficier de ces traitements, tandis que des milliers de personnes âgées seront privées d’un médicament conçu pour limiter les ravages de la maladie. Le grand classique de la politique sarkozyenne est partout, et quand il touche la santé, cela donne un mépris total pour les malades.