occupation_photo de isogoodLe gouvernement a décidé de faciliter l’accès aux archives judiciaires, et policières du régime de Vichy au grand public. Un arrêté datant du 24 décembre “portant ouverture d’archives relatives à la Seconde Guerre mondiale” a été publié au Journal officiel, et entrera en vigueur lundi. Cela va considérablement faciliter le travail des chercheurs et des experts.

C’est une avancée pour la recherche, car certaines de ces archives étaient complètement inaccessibles, ou alors, seulement avec des dérogations difficiles à obtenir. La publication de cet arrêté intervient 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et avant l’expiration des délais prévus par le code du patrimoine. Normalement, les documents doivent être publics au bout de 75 ans. Pour certaines des archives rendues publiques lundi, il aurait donc fallu attendre encore jusqu’à 2019.

Plus précisément, il s’agit, rien que pour les archives de la police, de plus de 200 000 documents comprenant “les documents relatifs aux affaires portées devant les juridictions d’exception instaurées par le régime de Vichy” puis, à la libération, par “le gouvernement provisoire de la République française”. On va donc retrouver dans ces documents ceux des brigades spéciales, chargées de la traque des résistants, des communistes et des Juifs durant l’Occupation. On y trouvera aussi le quotidien glauque du fonctionnement de cette répression, rapports de filatures, procès-verbaux d’interrogatoires, lettres de délation…, des dossiers sensibles mettant en scène monsieur “tout le monde”. Ces archives concernent aussi les documents de la police judiciaire entre le 9 mai 1945 et le 31 décembre 1960 dans la mesure où ils ont un rapport à des affaires survenues pendant la guerre. Cela va notamment permettre de mieux étudier la période de “l’épuration”. Les documents relatifs à la poursuite et au jugement de criminels de guerre dans les zones d’occupation française, en Allemagne et en Autriche sont aussi concernés.

Un bémol cependant, pour les documents classifiés, l’arrêté précise que les demandes de déclassification devront être adressées par les services publics d’archives aux autorités émettrices, il faudra donc faire une demande spécifique pour les documents classés secret défense, par exemple.

Il ne faut pas s’attendre à des bouleversements, cela ne va pas changer le cours de notre histoire, car les archives du gouvernement de Vichy avaient été ouvertes aux chercheurs avec la loi du 15 juillet 2008, mais une facilité d’accès va permettre plus de précision sur des réalités de fonctionnement certainement pas toujours glorieuses en s’appuyant sur plus de documents, un débat contradictoire plus dense, et peut-être la fin définitive de certains mythes erronés, et la survivance d’hypothèses nauséabondes.

N’oublions pas tout de même que l’histoire devient “notre histoire ” à condition d’être prêt à vouloir l’écouter.

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