Comme on dit, il fallait que ça sorte, l’histoire des gilets jaunes, a mis en évidence une certaine catégorie de personnes, souvent en souffrance financièrement. Mais du coup, cela a créé une nouvelle frange de population silencieuse, mais qui n’en pense pas moins. C’est celle, qui est restée bloquée dans sa voiture trop longtemps au rond-point, et qui en a marre de voir tous ces “gilets jaunes” réclamer de l’argent. Un article du monde à propos d’un couple, témoignant de leurs fins de mois difficiles, a suscité de nombreux commentaires pas vraiment sympathiques, et même hostiles à l’égard du mode de vie de cette famille, installée dans l’Yonne.

Au départ, l’article fait penser à l’émission culte “Strip tease”. Il s’agit de comprendre le quotidien d’un couple et de ses quatre enfants qui vivent avec 2 687 euros, c’est-à-dire juste en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 2 770 euros pour ce type de famille, selon l’Insee. Seulement voilà, dans cet argent on retrouve, 914 euros d’allocations familiales, et la mère ne travaille pas. De plus, l’article ne paraît pas dans le journal local, où il aurait fait figure de témoignage, mais dans un grand journal national.

Les commentaires vont donc bon train et souvent dans ce cas-là, de fil en aiguille, les propos se font plus durs et les critiques plus acerbes. Après quelques platitudes pleines de compassion, on passe dans le vif du sujet. Tout d’abord, comment peut-on en arriver là, quatre enfants à 26 ans, la mère ne travaille pas, ils ont même un chien, à croire qu’ils le font exprès.

Ensuite, nous passons dans la partie paternaliste, que n’aurait pas reniée le Maréchal, qui a demandé d’agir en bon père de famille qu’il ne fut pas. Certains, ont sorti leur calculette et offre gracieusement un petit cours de gestion de finances familiales du style, “désolé, mais je n’arrive pas à comprendre, Revenu total : 2 700 euros. Loyer + électricité : moins de 600 euros. Ça fait donc plus de 2 100 euros pour faire vivre 2 adultes +4 jeunes enfants. Moi aussi, je regarde les prix et il n’est pas compréhensible d’être à découvert dès le 15 du mois”. Tout paraît suspect et les finances du couple sont passées au crible. Difficile de comprendre, que madame ne travaille pas, même si c’est pour éviter des frais de garde trop élevés et éventuellement préserver une situation plus favorable pour les enfants. On oublie un peu la cantine, les transports, la mutuelle, la redevance télé, et bien d’autres. On en est plus là, le raisonnement et la réflexion ont fait place à la certitude et le couperet tombe, ils ne savent pas gérer leur budget, c’est pour cela qu’ils sont pauvres.

On a ouvert la boîte à Pandore, c’est parti, que font-ils de l’argent en plus ? Tel est la terrible question, avec Jessica et Arnaud, on dépasse la simple curiosité, on entre dans le droit de regard sur leurs finances, puisqu’une partie importante de leurs revenus vient des allocations, versées grâce aux impôts de la collectivité. En fait, cet argent, n’est pas encore vraiment le leur, il est encore celui de nos impôts. Jessica et Arnaud ne doivent plus avoir des désirs, forcément illégitimes, mais juste des priorités de survie.

On ferme la boucle de la ceinture, qui demande à être un peu plus serrée, et on revient aux gilets jaunes qui agacent une partie des lecteurs, comme Jessica et Arnaud, ce sont en fait de “mauvais pauvres”, dans cette situation à cause de “mauvais choix”.

Il ne s’agit pas d’être manichéens, les bons et les gentils ne sont pas d’un côté et les méchants de l’autre. Il se trouve, que les gens adorent parler de l’argent…des autres. On évoque rarement du côté des plus favorisés quelques avantages, les aides que l’on perçoit ou la défiscalisation que l’on peut faire, le “black” que l’on s’autorise ou les oublis répétés de certains revenus. Du côté, des plus défavorisés, on aura un peu tendance à accuser les autres pour expliquer notre situation, et il est vrai, qu’il est de plus en plus difficile de ne pas céder au mirage et autres gadgets de la société de consommation.

“Salaud de pauvre”, a fait dire Claude Autant-Lara à Jean Gabin, dans “la Traversée de Paris” qui d’ailleurs le disait pas à de vrais pauvres, mais à des bistrotiers pauvres d’esprit. Ils ont trop tendance à dépenser l’argent dès qu’ils en ont, et vivent le plus souvent au-dessus de leurs moyens.

Crédit photo : Sara-kurfess