“Tourna mai rambai”, pourrait-on entendre dans le Vaucluse, car de “nouvelles embrouilles” échauffent les esprits en plus de la canicule. Ceux-ci sont préoccupés par un sujet de la plus haute importance. Les panneaux indiquant le nom de la ville en langue provençale, doivent-ils être maintenu en dessous des panneaux officiels portant le nom de la commune ? La loi est un peu floue, même si elle laisse penser que non. Cependant, l’habitude a été prise depuis longtemps. Tout ceci, suffit à engendrer un joli “pastis” entre les maires des communes concernés et le Conseil départemental.

Si vous habitez, ou si êtes un touriste attentif ou habitué, vous avez déjà certainement lu en dessous du panneau du village de Pernes-les-Fontaines, le nom en provençal, “Perno Li Font”. Il faut avouer, que cela fait vraiment vacances, même si on ne fait que “baragouiner” le nom. En plus, parfois, nous avons aussi une indication précisant que le village est un “village fleuri”.

Le folklore a ses raisons que la réglementation ignore. Pas vraiment sensible aux charmes de l’été et peut-être voulant prouver que tous les fonctionnaires ou assimilés ne sont pas en vacances, la collectivité locale a envoyé plusieurs courriers aux communes, en leur demandant d’enlever les panneaux installés en dessous des panneaux officiels.

L’application rigoureuse d’une vieille loi de 1967

Pour expliquer son attitude, le Conseil départemental explique qu’il ne fait qu’appliquer la loi du 24 juillet 1967. Celle-ci, stipule que ces panneaux ne sont pas simplement indicatifs, mais ils indiquent aussi officiellement la vitesse à l’entrée d’une agglomération. A ce titre, comme toutes indications du Code de la route, ces panneaux ne doivent pas être doublés, afin de bien conserver toute l’attention des automobilistes. Ils sont aussi, un signe clair de la permanence de l’unité républicaine du pays. C’est pour cela, que Maurice Chabert, le président du Conseil départemental du Vaucluse, précise bien, “il ne s’agit pas de supprimer les panneaux provençaux, mais de les déplacer”.

Derrière ce rappel à l’ordre, il y a aussi une peur croissante. Avec la recherche de publicité un peu partout et la pression que cela amène, un jour ou l’autre, un ou plusieurs “sponsors” fleuriront autour des panneaux des “villages fleuris”. Maurice Chabert, précise avec un peu d’humour “le risque, c’est que chacun marque n’importe quoi en dessous du nom de la commune : village protégé par des caméras, capitale du melon, de la truffe, de la cerise”.

Les maires invoquent la défense du patrimoine

Comme on peut l’imaginer, les élus locaux ne sont pas de cet avis. Le maire de Pernes-les-Fontaines Pierre Gabert, explique “ça fait trente-et-un qu’il est posé, cela fait du mal à personne, je ne pense pas que ça perturbe la circulation quand le touriste arrive, si on l’enlève et qu’on l’installe ailleurs ça va faire une multiplication de panneaux et là ça risque de perturber l’automobiliste”. Il évoque aussi la possibilité de défendre, ou au moins de rappeler l’existence d’une langue maternelle face à une mondialisation qui impose souvent l’anglais.

La guerre des panneaux n’est pas près de s’arrêter, car Jean-Pierre Richard, le président du collectif Prouvènço, qui défend l’identité provençale, a écrit au président du Conseil départemental du Vaucluse, pour lui demander plus de souplesse dans sa décision. Pour sa requête, il s’appuie sur une décision du tribunal administratif de Montpellier. Il avait autorisé en 2012, les signalétiques en occitan à Villeneuve-lès-Maguelone.

Espérons, que tout le monde reste calme et que seul le village reste fleuri et pas le langage, en provençal ou en français.

Crédit photo : freddie marriage