La compensation est un bien vaste sujet, surtout lorsqu’il met en jeu des événements historiques de grande envergure. On a tous notamment en tête, les spoliations des avoirs juifs par les nazis. Dernièrement, Donald Trump a pris une décision qui permet aux riches Cubains exilés et à leurs familles de demander des compensations devant la justice américaine pour leurs biens confisqués et nationalisés par Castro en 1959. La première cible de ces familles des riches Cubains spoliés est le croisiériste Carnival.

Revenons un peu en arrière, la loi Helms-Burton de 1996, tient son nom de ses concepteurs qui sont deux parlementaires républicains. Elle a pour but de renforcer l’embargo contre Cuba et ainsi favoriser la chute de Fidel Castro et l’établissement d’un gouvernement favorable aux États-Unis. Le titre III de cette loi permet aux riches Cubains exilés et à leurs familles de demander compensation devant la justice américaine pour leurs biens confisqués et nationalisés par Castro.

Pour des raisons diplomatiques évidentes, Barack Obama avait suspendu cette loi, car il s’était engagé dans un réchauffement des relations avec Cuba en 2014.

Avec Donald Trump, c’est un autre son de cloche, car il est parti en guerre contre ce qu’il a appelé la “troïka de la tyrannie”, formée de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela. Dans ce contexte, la pleine application de la loi Helms-Burton vise à affaiblir le régime cubain, considéré par Washington comme le meneur derrière les prises de position des présidents Nicolas Maduro à Caracas et Daniel Ortega à Managua.

Concrètement, le leader mondial de la croisière est la première société attaquée en justice par les héritiers de terminaux portuaires à Santiago de Cuba et à La Havane. On peut aisément imaginer, que des centaines d’autres recours vont arriver. En attendant, soixante ans après la révolution à Cuba, Mickael Behn, un Américain d’origine cubaine, a été l’un des premiers, avec Javier Garcia Bengochea, à demander réparation devant la justice américaine pour les biens confisqués à sa famille.

Il reproche à Carnival, son utilisation de terminaux portuaires à Santiago de Cuba et à La Havane, dont les deux hommes revendiquent la propriété. Ils devraient être suivis par José Ramon Lopez Regueiro. Son père a fui Cuba, alors que les révolutionnaires renversaient son ami proche, le dictateur Fulgencio Batista. Il était entre autres, actionnaire majoritaire de l’aéroport Rancho Boyeros de La Havane, de la compagnie aérienne Cubana de Aviacion, de quatre hôtels et d’un journal. Ses cibles seront donc “tous ceux qui utilisent” cet aéroport, comme les compagnies American Airlines, Aeromexico, Air Canada, Air France et Iberia.

Du coup, l’Union européenne, qui est un des principaux partenaires commerciaux de l’île depuis 2017, avec le Canada a promis de protéger les intérêts de leurs entreprises. Il est clair, que les investisseurs potentiels ayant des intérêts aux États-Unis vont désormais réfléchir à deux fois avant de réaliser une transaction à Cuba impliquant une propriété confisquée. C’est certainement le but recherché.

Concernant, ces fameuses compensations, cela devrait aussi être l’occasion dans certains cas de faire toute la lumière sur la manière dont ces personnes ont fait fortune sous Batista. Si le gouvernement Castriste, a bien des choses à se faire reprocher, Batista et son gouvernement ne sont pas exempts de tous reproches. On sait, par exemple que Batista a négocié avec la Cosa Nostra, et que l’aéroport militaire de La Havane a été utilisé comme plate-forme de transit pour le trafic de drogue.

Crédit photo : ROGALI