Quand les archives de la Commission des Nations Unies rendent publiques leurs documents, cela veut dire que des dizaines de milliers de documents, qui ont trait aux crimes de guerre commis par les forces de l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale deviennent disponibles. Ils vont pouvoir être consultés par tous, via un catalogue accessible pour les internautes. Jusqu’ici, il fallait être un historien autorisé par son pays pour faire une demande au secrétaire général de l’ONU.

Cette nouvelle disposition va être assurée par la bibliothèque Wiener, fondée à l’origine à Amsterdam en 1934 pour garder une trace de l’antisémitisme nazi, qui doit assurer cette publication en ligne. L’archiviste actuel de la bibliothèque explique, “les gens pourront venir et regarder dans les archives par eux-mêmes”. Il poursuit, “il se pourrait bien que ces gens puissent ensuite réécrire des chapitres cruciaux de l’Histoire grâce à ces nouveaux éléments”. La consultation par tous de certains documents, pourrait être une bonne chose pour contrer la montée de thèses négationnistes.

Tous ces documents émanent de différents pays envahis, notamment en Europe Centrale et Orientale. Par exemple, des notes du gouvernement tchécoslovaque en exil évoquant les consignes d’Hitler à l’origine de massacres commis en Tchécoslovaquie ou les renseignements du gouvernement polonais en exil, qui a transmis beaucoup de détails à la Commission des crimes de guerre des Nations Unies sur les camps de Treblinka ou encore d’Auschwitz.

La question est de savoir, pourquoi avoir attendu tant de temps ? Une réponse assez standard consiste à évoquer le fait que toutes vérités ne sont pas bonnes à dévoiler à tout le monde, à tous moment, et que les choses sont à étudier avec d’infimes précautions, en ayant les moyens de la compréhension. Il n’en demeure pas moins, que les raisons de cette rétention des archives durant si longtemps, sont largement politiques.

Il a fallu d’une part, ménager l’Allemagne de l’Ouest, qui est devenue un élément-clé dans un début de la guerre froide. Aux Etats-Unis, le Mccarthysme (un puissant lobbying anti-communiste), fait rage et fait pression pour mettre fin à ces tribunaux jugeant les crimes de guerre. A l’époque, on préférait se concentrer sur la confrontation avec le bloc communiste que se pencher sur ce passé immédiat.

Puis, il y a toutes ces révélations sur le comportement de nombreux Etats, hommes politiques ou puissantes industries qui apparaissent très compromettantes. A la base, ce qui apparaît primordial, c’est de faire taire ce qui divise, l’heure est au redressement national, à l’unité dans la reconstruction.

N’en déplaise à certains, l’évocation de ce que plus tard, on appellera la shoah, n’est pas apparue comme une évidence immédiate, mais comme un devoir qui s’est imposé, y compris aux victimes qui dans un premier temps ont voulues elles-aussi oublier. Plus tard, l’ampleur de l’évocation a peut-être pris une importance que l’on pourrait juger, exagérée par moments. Une consultation plus généralisée de ces documents pourra peut-être éviter des excès de part et d’autre, mais surtout, quoiqu’il arrive de ne pas oublier.

Crédit photo :  Paul Kelly