Au départ, on apprend qu’Alger a annoncé, la semaine dernière, avoir déposé devant l’Unesco un dossier afin que le raï, musique populaire, soit inscrite comme “chant populaire algérien” au patrimoine culturel immatériel. Si cette initiative apparaissait louable, il en ressort que les Marocains ne sont pas d’accord. Du coup, nous voici, sur une nouvelle polémique entre les deux pays, au même titre que la revendication de la paternité du couscous.

 Le débat passionne les deux pays, surtout si l’on sait que le raï devait être défendu l’année dernière par le Maroc devant l’Unesco, mais finalement, Rabat n’a pas donné suite. Cette fois, ce sont les instances algériennes, qui ont annoncé officiellement leur démarche le 29 août. Voilà de quoi alimenter une polémique qui se retrouve déjà au niveau des villes de chaque pays. En Algérie, Oran met en avant ses artistes tels que Khaled, Cheba Zahouania ou encore Cheb Hasni. La ville de Saïda, elle, a vu grandir Cheb Mami, et Sidi-Bel-Abbès est le berceau de Cheikha Rimitti, chanteuse de raï traditionnel. De l’autre côté de la frontière, au Maroc, il y a Oujda, où se tient chaque année un festival international du raï.

 Pourtant, il n’y a pas vraiment matière à polémique, si l’on considère d’une part, que pour beaucoup comme Rabah Mezouane, journaliste musical, les sources rythmiques du raï sont appelées Allaoui en Algérie et Raguada au Maroc, mais “c’est la même origine”. D’autre part, la bagarre semble d’autant ridicule que ce label, patrimoine immatériel de l’Unesco, est aujourd’hui un simple cachet de notoriété pour développer le tourisme. Les propres concepteurs de ce label sont les premiers critiques de ses dérives. “C’était juste un outil de communication, pas un classement, mais les États se sont précipités pour y apparaître comme s’il s’agissait d’un tableau d’honneur. Aujourd’hui, c’est devenu le concours de Miss Monde” avoue-t-il.

 Pour départager tout le monde, le spécialiste Nidam Abdi propose de défendre des formes artistiques peu médiatisées, comme la musique Allaoui. “Prenez le bahr, cette métrique de poésie improvisée aussi belle que du Baudelaire. Je connais un homme qui le pratique toujours. Il habite Barbès à Paris, il touche le RSA (revenu minimum en France). C’est lui qu’il faut protéger, pas le raï qui est devenu une forme de variété internationale“.

 Enfin, que veut-on concrètement défendre, le raï et le couscous traditionnels ou ces deux derniers, transformés par l’industrie et l’internationalisation ?

 On souhaite bien du courage à L’Unesco, qui doit départager les deux voisins jaloux. En urgence, elle a décidé de…rien décider avant 2018.

Crédit photo : Jean-Noel Verdier