La Russie fait son grand retour à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Ce retour s’effectue au grand dam de l’Ukraine qui n’oublie pas que c’est depuis l’annexion en 2014 de la Crimée, que la Russie ne fait plus partie de cette institution. Du coup, maintenant, c’est Kiev qui a claqué la porte de l’hémicycle de cette organisation paneuropéenne de défense des droits de l’Homme et de la démocratie.

Tout cela s’est passé à l’Assemblée du Palais de l’Europe à Strasbourg. C’est en effet là, que siège cette organisation depuis maintenant 70 ans. Il convient de se rappeler, que hélas, ce n’est pas la première crise que traverse cette vénérable institution. Lorsque l’on a pour but de défendre, au niveau européen, les droits de l’homme, la démocratie, les minorités et l’état de droit, la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Cette fois, c’est le retour de dix-huit membres de la délégation russe à l’Assemblée du Palais de l’Europe à Strasbourg, qui ont agité l’hémicycle. Dès l’ouverture de la séance, les pouvoirs de cette délégation ont été contestés par plusieurs parlementaires. Comme on pouvait s’y attendre, Volodymyr Ariev, le chef de la délégation ukrainienne, a quitté la salle suivie par d’autres. Ils ont invoqué le fait, que des parlementaires russes présents à Strasbourg étaient sur “la liste noire de l’Union européenne“. Il est vrai, que quatre font l’objet de sanctions de la part de Bruxelles. Cela a aussi fait réagir le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a essayé de dissuader la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron de soutenir ce retour.

Rien n’y a fait, et bien sûr du côté russe, on ne cachait pas sa joie. Certains observateurs, ont même remarqué un ton un peu trop triomphant, qui pourrait devenir rapidement hautain. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré, “c’est un événement très positif“, mais il a aussitôt rajouté “l’APCE ne peut pleinement fonctionner sans la participation de la Russie“.

Rappelons tout de même, que l’ACPE n’a pas de pouvoirs contraignants. Elle se contente de faire des recommandations ou demande des comptes aux gouvernements en matière de droits de l’Homme. Elle élit les juges de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). De plus, elle est confrontée à un vaste scandale de corruption au profit de l’Azerbaïdjan, qui date de 2017. Le futur secrétaire général du Conseil de l’Europe, qui doit succéder en octobre au Norvégien Thorbjørn Jagland, aura fort à faire pour redorer le blason de cette institution.

Il lui faudra aussi affronter des difficultés financières. En effet, au cours de la crise qui a suivi l’annexion de la Crimée en 2014, l’assemblée avait privé la délégation russe de droit de vote. De son côté, la Russie a boycotté cette instance, et depuis 2017, elle a cessé de payer sa contribution annuelle au budget du Conseil de l’Europe. Le pays a envisagé de quitter entièrement l’organisation. Après tout, cela aurait privé les citoyens russes de la possibilité de poursuivre leur pays devant la CEDH.

Nous verrons bien si la Russie en récupérant ses droits à l’ACPE, s’acquittera aussi de ses devoirs.

Crédit photo : christine steyer