C’est bien connu, pour détourner l’attention de tous, d’un ou plusieurs sujets fâcheux, il faut créer ou raviver une polémique ailleurs. Alors, que l’Algérie traverse depuis plusieurs mois une crise politique majeure, qui a conduit des millions d’Algériens dans les rues, le ministre de l’Enseignement supérieur algérien, Bouzid Tayeb, souhaite faire de l’anglais la première langue étrangère à l’université, au détriment du Français. Une décision pas si anecdotique que cela, car c’est un sujet à controverse dans le pays, depuis longtemps.

Bouzid Tayeb, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique algérienne, veut dorénavant que les recteurs rédigent les en-têtes des documents administratifs en arabe et en anglais, en remplacement du français. Il explique sa décision par le fait, que l’anglais est indispensable pour une présence  internationale dans de nombreux domaines comme les publications scientifiques, et le tourisme par exemple. Il s’agit de donner plus de chance aux travaux de recherches algériens, d’être mondialement diffusés et d’attirer les étudiants étrangers. Pour lui, le maintien de l’utilisation du français est une impasse, ce serait aussi un moyen de s’éloigner du passé pour se tourner vers l’avenir.

Le français, première langue étrangère

Un sentiment pas vraiment unanime dans le pays. Actuellement, les langues officielles sont l’arabe et le berbère, mais le français reste la première langue étrangère parlée par les Algériens. Elle est enseignée dès la fin du primaire en deuxième langue. Certaines filières universitaires, notamment scientifiques, sont totalement dispensées en français. C’est aussi faire fi de tout un passé, d’un quotidien et d’un pan de la littérature algérienne.

L’art et la manière de prendre une décision 

La décision du ministre Bouzid Tayeb, fait suite à un sondage en ligne auprès de la communauté universitaire. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette consultation menée tambour battant en moins de deux semaines, via Facebook ne semble pas faire partie des priorités du moment.

Du coup, sur les réseaux sociaux, de très nombreux internautes algériens se moquent de la décision du ministre en plusieurs langues. Ils mettent en exergue la priorité que représente le manque de moyens alloués à l’enseignement supérieur. “Avons-nous une si petite opinion de nos enfants pour estimer qu’ils ne peuvent pas exceller en français et en anglais, dans le même temps, si les conditions adéquates leur sont garanties ?“, s’interroge un avocat. Sihem Kouras, enseignante en sociolinguistique en français à l’université de Jijel, contactée par France 24, rappelle que de toute façon, “le volume horaire consacré aux langues étrangères est jugé insuffisant“. Pour elle, c’est la réactivation opportune d’un vieux débat connu et qui n’a rien d’inédit. Elle évoque, un “os jeté au peuple pour l’occuper et éventuellement le diviser“.

Encore une fois, au-delà du bien-fondé de la décision, la manière de la prendre en dit long sur le chemin à parcourir vers des pratiques plus démocratiques. Il aurait été plus conforme, pour montrer une réelle volonté de changement de consulter en profondeur les étudiants et les enseignants et d’organiser des débats un peu partout, avant d’imposer un choix politique sur un sujet aussi sensible.

Please, still an effort for more democracy

Crédit photo : daoud-abismail