“L’enfer est parfois pavé de bonnes intentions” pourrait-on se dire à propos de la polémique, qui perdure et enfle autour de la pièce conçue par la star québécoise Robert Lepage, “Kanata”. C’est une pièce, censée éclairer le public sur le “génocide culturel” à l’encontre des autochtones du Canada. Cependant, dans la communauté, certains y voient surtout une bonne vieille récupération.

Le spectacle, qui débute samedi au Théâtre du Soleil à Paris, est censé évoquer plus d’un siècle de spoliation, subit par les indigènes du Canada. Il intervient en complément d’une vaste prise de conscience collective et nationale, qui a vu l’Etat canadien commencer à indemniser des milliers d’autochtones placés contre leur gré dans des familles d’accueil dans les années 1960. Il est à noter, que cette pratique n’a pris fin que dans les années 1990. A cela, il faut rajouter la scolarisation forcée dans des pensionnats de plus de 150 000 enfants autochtones de la fin du XIXe siècle aux années 1970. Le tout, dans des conditions parfois très dures.

C’est donc dans un contexte de réappropriation de leur histoire, que le spectacle a été créé. Cependant, des autochtones ont fait savoir, qu’ils en avaient marre d’entendre les autres raconter leur histoire. Ils s’indignent aussi de l’absence d’acteurs indigènes et d’une recherche insuffisante.

Alors que “Kanata”, va être jouée par la troupe du Théâtre du Soleil. Les accusations de trois artistes issus des “premières nations” resurgissent. Ils ont affirmé à l’AFP, que Lepage et Mnouchkine n’ont pas tenu compte de leurs opinions, s’inquiétant d’un spectacle “stéréotypé”.

Ce n’est qu’un rebondissement dans une polémique qui date déjà de cet été. D’un côté, nous trouvons, des artistes, comme Margo Kane, une figure des arts indigènes basée à Vancouver, qui affirme “la colère vient de gens à qui on a volé leur identité. On nous a refusé tellement de choses et là, on refuse de nous écouter”. La polémique a tellement grossi, que cet été un coproducteur nord-américain a retiré son soutien financier, provoquant l’annulation de la pièce.

De l’autre côté, on insiste sur la liberté de l’artiste, et Mnouchkine lorsque le débat a éclaté en juillet, a déclaré “pas besoin d’être Danois pour jouer Hamlet” et “un acteur hétérosexuel peut jouer un homosexuel”, a aussi répliqué Lepage. La classe politique, des intellectuels et des artistes avaient crié à la censure de l’art au Québec, où Lepage est considéré comme un héros.

Concernant le spectacle joué par la troupe du Théâtre du Soleil, les deux metteurs en scène ont refusé de modifier la distribution, mais affirment avoir dès le départ consulté des spécialistes.

A cela, Nakuset, directrice générale du foyer pour femmes autochtones de Montréal, qui fait partie de la vingtaine de personnalités, qui se sont réunies avec Lepage en été, répond “nous n’avons jamais dit que nous allons vous empêcher de faire votre pièce”, on a dit que si vous nous écoutez, ça ne la rendrait que meilleure“.

D’après elle, l’attitude de Lepage fut du style, “venez voir ma pièce et si vous n’aimez pas, vous pouvez alors vous plaindre“. Or justement, les premiers éléments relevés dans la promotion du spectacle, font craindre le pire à Nakuset. Les photos de promotion montraient des costumes “sortis tout droit d’un magasin d’Halloween“, et la pièce pourrait être “une version très hollywoodienne des Indiens en peau de daim et dans des tipis“.

Crédit photo : Archamgem