Ah, l’Irlande, ses paysages, sa bière, ses supporters, sa croissance économique… C’est vrai pour tout, mais concernant la croissance économique, qui atteint 26,3  % en 2015, il faut peut-être y regarder à deux fois. Même si les chiffres sont incontestables, ce miracle statistique ne reflète qu’en partie, et de manière imparfaite la réalité économique du pays.

Cette “bonne santé” de l’économie irlandaise serait le fruit des mouvements ponctuels d’actifs des multinationales, qui apprécient au plus au point Dublin, et son faible taux d’impôt sur les sociétés (12,5 %). L’année 2015, et ses nouvelles règles concernant les paradis fiscaux ont généré de grandes manœuvres de la part des géants de la Silicon Valley, de l’industrie pharmaceutique et de la chimie pour s’adapter à la pression internationale sur les paradis fiscaux.

Cependant, tout ceci a un effet “trompe l’œil”, car l’ensemble de ces pratiques, de ces tours de passe-passe fiscaux, donne aux résultats irlandais un air de fausse “croissance” dont les conséquences sur la vie quotidienne des Irlandais s’avèrent presque inexistantes. L’Irlande comptabilise, en effet, dans son PIB les biens exportés par des entreprises, dont le siège social est installé sur son sol, mais qui ont sous-traité la production à des sociétés situées ailleurs. Donc ces exportations, qui bizarrement ne viennent pas d’Irlande n’ont pas d’effet direct sur l’emploi ou les salaires en Irlande. Le montant total des salaires versés n’a pas beaucoup changé, augmentant de cinq milliards d’euros en un an, a calculé l’économiste irlandais Seamus Coffey. Les Irlandais n’ont donc pas bénéficié des effets de la croissance dans leur vie quotidienne.

C’est dommage, car dans le même temps, le pays a quelque peu terni son image en devenant le pays des multinationales adeptes des bidouillages fiscaux légaux mais controversés.

Le gouvernement se défend en expliquant, que le pays va pouvoir emprunter à des taux plus faibles sur les marchés, et ainsi lever davantage de fonds pour financer les services publics, a promis le ministère irlandais des Finances.

Comme dirait Coluche, “ils sont contents les pauvres de savoir qu’ils habitent un pays riche…”

Crédit photo : Thomas Mulchi