On pourrait le classer dans les “cas d’école” ou les “hypothèses à étudier” et pourtant, il existe. Un Français âgé de 65 ans, intersexué demande à la Cour de cassation de prendre en compte la mention “sexe neutre” sur son état-civil. Voilà de quoi interpeller le législateur, car l’affaire dépasse les questions médicales ou juridiques.

Le concernant, il faudra utiliser la 3° personne du singulier, car son prénom est Jean-Pierre, et il est né il y a 65 ans “sans pénis ni vagin”. Il est également dépourvu de “gonades” (organes reproducteurs), “testicules ou ovaires”, et il veut simplement que soit reconnu ce qu’il est depuis la naissance.
Pour bien saisir la complexité de la chose, il faut bien comprendre ce qui arrive à Jean-Pierre. L’intersexualité, désigne le fait qu’un enfant possède à la fois le sexe féminin et masculin. Attention, il ne faut pas le confondre avec un “hermaphrodite”, car un intersexe n’a pas les deux sexes en état de fonctionnement.
Le gynécologue-sexologue Sylvain Mimoun, explique “il y a une différence entre un sexe anatomique et un sexe physiologique, le sexe physiologique apportera des hormones au moment de l’adolescence, qui vont notamment permettre la procréation et dont les intersexes sont démunis. Il y a vingt ans, dès la naissance d’un bébé intersexe, on procédait systématiquement à une opération afin de choisir un sexe”. A l’heure actuelle, on considère cette pratique comme une mutilation.
On se doute bien que tout ne fût pas simple pour Jean-Pierre, qui a dû, d’abord vivre en dissimulant tout cela durant de longues années. Jean-Pierre finit par se marier à 42 ans, mais le couple évidemment, doit adopter pour avoir un enfant. En août 2015, les choses se corsent lorsqu’un juge des affaires familiales de Tours, sa ville de naissance, accepte la mention “sexe neutre” pour ses papiers. Inacceptable pour la cour d’appel d’Orléans qui ne se dit pas compétente pour reconnaitre ou créer une nouvelle catégorie sexuelle sans mesurer d’abord les impacts et les conséquences de la brèche dans laquelle beaucoup vont s’engouffrer à plus ou moins bon escient.
Du côté de l’avocat de Jean-Pierre, on fait remarquer que “la nature n’est pas binaire. Je ne vois pas pourquoi, là où la nature n’est pas binaire, le droit le serait”.
La médecine, de son côté, étudie de plus en plus l’intersexualité, mais c’est maintenant à la loi de prendre position. La Cour de cassation rendra son arrêt le 4 mai. Si sa décision devait être négative, “je n’arrêterai pas mon combat”, a assuré Jean-Pierre à l’AFP, pour qui cette procédure “n’est qu’une rectification de ce qui ne devrait pas être”.

Crédit photo : Becky Mayhew