L’affaire Weinstein déborde maintenant de son cadre. Elle embrase les réseaux sociaux, et se répand dans tous les milieux professionnels et les cadres de la vie quotidienne. Nous passons en un clin d’œil de l’omerta la plus opaque, à la mise en public de tout et n’importe quoi, avec en point d’orgue ce bon vieux recours à la délation, qui avec la prolifération des sites comme Facebook, Twitter et autres, prend des allures d’attitudes normales.

#MoiAussi, #balancetonporc, #quellavoltache (cette fois où)… Les vérités éclatent dans le monde entier à coups de mots-dièse sur Twitter pour dénoncer les agressions sexuelles. Une bonne chose, qui va certainement aider de nombreuses personnes à se défendre, et calmer les ardeurs de certaines autres.

De nombreuses personnalités, ont ainsi lancé des initiatives qui ont rencontré un fort écho mondial auprès de femmes, anonymes ou non, et qui peuvent évoquer pour la première fois leur expérience en public. Des hashtags ont même été traduit en arabe, ils sont utilisés en Tunisie ou en Égypte, pour décrire les faits subis par les femmes au travail ou dans l’espace public, ou pour dénoncer une “culture du viol” banalisée. Selon l’ONU, 99,3 % des Égyptiennes affirmaient en 2013, avoir été victime d’au moins une forme de harcèlement. A Dubaï, le mot-clé #نا_ايضاأ a fait son apparition.

Cependant, prenons le cas de la France et du #balancetonporc, de la journaliste Sandra Muller, il invite à raconter en donnant le nom et les détails, un harceleur sexuel que tu as connu dans ton boulot. On ne peut s’empêcher d’imaginer les abus, que ce type de démarche peut amener.

Tout d’abord, libérer la parole sous-entend parler en son propre nom, affirmer et non pas insinuer en écrivant de manière plus ou moins anodine, ce qui correspond encore à avoir plus ou moins tort. On peut regretter aussi, que la démarche, fait fi de la justice au moins dans sa dénomination. L’emploi du terme “balance” devrait amener une “attaque” qui permettrait d’entrevoir des recours en justice plutôt qu’un lynchage en place publique. De plus, il ne saurait être question qu’un outil des réseaux sociaux profite une nouvelle fois outrageusement d’une actualité dramatique à son avantage pour prendre une place, et une importance qui n’est pas la sienne.

Il ne s’agit pas en disant cela, de trouver des portes de sortie aux “porcs”, mais bien clairement d’être sure qu’ils ne laissent pas passer l’orage médiatique lié à l’émotion, pour continuer après. Il faut s’assurer, que toute cette agitation débouche sur du concret pour toutes ces femmes anonymes, qui pour certaines n’ont pas accès à un hashtag quelconque, et elles n’auront pas de tribunes pour s’exprimer.

Celles qui subissent le harcèlement, non pas, pour des postes importants ou des rôles de cinéma, mais juste parce qu’elles sont des femmes. Elles ne peuvent pas se contenter de justicières, et de délation, mais de justice et de déposition.

Crédit photo : msamsa7373