Il conjugue les sons et images à partir d’un ordinateur et propose sur le ton de l’expérimental une version renouvelée de la musique électronique. Frank Bretschneider se produisait au festival Nemo à Paris cette semaine. Portrait de ce précurseur des arts numériques.

C’est l’une des figures majeures de la scène électronique, versant minimaliste et expérimentale. Frank Bretschneider a commencé à bidouiller des bandes au début des années 80, avant de rejoindre un groupe électro-punk et de fonder en 1996 le label Raser-Noton. Accordant autant d’importance dans ses performances à la musique qu’aux visuels, que ce soit à l’aide de vidéos ou à d’images générées par ordinateur, il est régulièrement programmé dans les festivals d’arts numériques, tels les franciliens Visionsonic u Némo. Son dernier spectacle, EXP, créé l’année dernière, qu’il présentait à Némo 2011, s’avère être une expérience aussi totale que troublante.

Il a commencé à Karl-Marx Stadt (aujourd’hui Chemnitz, dans la Saxe), dans les années 90 dans un groupe underground new wave / punk d’Allemagne de l’Est. Déjà, il propose alors un peu d’électronique, sans tomber dans la techno ou l’ambiant. “Ce que j’aime surtout, c’est l’électricité !” affirme Bretschneider. “J’enregistre la puissance et l’ampérage d’un signal électrique, les bruits parasites et les attaques courtes. Ce ne sont pas des sons d’instruments, et ce ne sont pas non plus des sons artificiels. Ils proviennent de la physique, et j’en fais de la musique. C’est de l’énergie au sens premier. Les basses, par exemple, très profondes, vous pouvez les ressentir sur votre corps”.

Bretschneider recherche une spatialisation sonore particulière par l”utilisation de plusieurs sources sonores d’un système de diffusion multi-enceintes. Il retire retire l’énergie des signaux. “Les gens planent, mais ce n’est pas grâce à moi. Quand je fais un concert, je veux que les gens l’écoutent !”

Pour les images, Bretschneider affirme ne pas les manipuler mais rendre la musique visible. Les formes générées par des algorithmes, comme les cylindres, sphères, plans, courbes et autres, sont déformées et contrôlées par les valeurs de volume et de fréquence de sa musique au moment où elle est entendue. Bretschneider peut ainsi créer une ambiance particulière.

Mais son spectacle reste abstrait. Il faut dire que ses sons ne sont pas toujours agréables à l’oreille, et même parfois « hardcore ». Aux parties calmes se succèdent des parties agressives, ce qui procure une véritable expérience d’écoute.