Pour Noël, grands-pères et grands-mères voudraient bien continuer à jouer avec leurs jouets, à savoir leurs retraites de baby-boomer. Seulement voilà, les petits-enfants leur ont fait savoir qu’il y a un temps pour tout. Il faut savoir être raisonnable et on ne fait pas toujours ce que l’on veut. D’ailleurs, si on continue, papa-gouvernement va gronder. Cependant, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut bien que vieillesse se passe et en attendant, il faudra bien faire quelque chose. Oui, mais quoi ? Et surtout qui prendra complètement le risque de s’attirer les foudres de tout le monde ou presque ?

En pleine période de Noël, on aimerait croire que le père Noël existe. En l’occurrence, la possibilité de ne pas toucher à un système de retraite alors que toute la situation globale évolue. Il faut tout maintenir en place, mais bien sûr sans que personne ne paye plus, et tout en évitant un déficit qui ferait monter les impôts.

Concernant les retraites, le système universel par point que le gouvernement veut instaurer à partir de 2025 en remplacement des 42 régimes actuels faisait partie d’une des promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron. Cependant, le terme de “régime universel” qui a été habilement utilisé jusqu’ici, a un peu brouillé les pistes, car certains ont mis derrière le terme universel, une vision égalitariste et communautaire, qui n’est plus vraiment de mise.

Il est aussi question d’une simplification d’un système, il est vrai, particulièrement opaque et complexe. Or une nouvelle fois, derrière cette simplification se cache une suppression de nombreux régimes spéciaux bénéficiant de nombreux avantages. Comme d’habitude, à force de vouloir faire des cadeaux à tout le monde, le père Noël va certainement sortir de sa hotte une réforme qui fera plaisir à personne.

D’un côté, l’ensemble des forces de gauche, qui veulent par l’intermédiaire de nombreux syndicats apparaître comme l’ultime rempart face à la disparition de notre “bonne vieille retraite”. Ils vont profiter du rouge de l’habit du père Noël, pour damer le jaune devenu un peu trop symbole de contestation. De l’autre côté, on retrouve aussi des professions libérales et des indépendants, qui craignent que certains régimes autonomes parfaitement équilibrés tombent dans une gestion étatique, qui nuirait à leur équilibre.

Au bout du compte, comme presque chaque année, tout le monde joue son rôle autour de paramètres qui restent les mêmes. Le financement des retraites s’appuie sur la variation de l’âge de départ, de la durée des cotisations, du montant des cotisations et du montant des prestations. Autour du sapin, le flou est savamment entretenu, car il a fallu le début du mouvement pour commencer à déballer notre cadeau sous la forme de l’annonce de propositions concrètes de la part du gouvernement. En règle générale, à Noël on connaît les cadeaux et le fait de ne rien savoir, a entretenu la psychose. Pas étonnant donc, qu’un sondage affirme que pour 68 % des personnes interrogées, la grève était justifiée. Cependant, c’est bien le manque de clarté du gouvernement qui en premier lieu est sanctionné, suivi de la crainte de devoir travailler plus. Pourtant, sur le fond, le gouvernement aurait pu profiter du fait que la protection des régimes spéciaux motive nettement moins. Un autre sondage donne 66 % des Français favorables à un alignement des régimes de retraite donc à la fin des régimes spéciaux.

Un nouveau beau gâchis pour le gouvernement, qui va certainement perdre encore de la légitimité et éventuellement reculer face à la pression. On va s’acheminer vers une sorte de réforme “light” qui ne résoudra vraiment rien, mais qui va permettre de ne pas gâcher les fêtes de fin d’année.

Il est vrai, que le père Noël n’est pas un vrai modèle de retraités, comme il ne travaille qu’un jour par an, il n’est pas près d’avoir ses annuités, malgré qu’il ait largement dépassé l’âge légal.

Crédit photo : Daniel Bukstein