Armer les agents de la police municipale, est une question récurrente depuis plusieurs années. Cependant, elle devient de plus en plus d’actualité face à des délinquants de plus en plus agressifs et utilisant des armes de plus en plus puissantes. On peut le regretter, mais les syndicats de police précisent que l’arme est un outil permettant aux agents d’effectuer correctement leur travail. De plus, un rapport des députés LREM Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot, soulignent en effet, que ses agents sont de plus en plus souvent pris pour cible par les délinquants et les terroristes, car ils incarnent “l’autorité régalienne“.

Sur le terrain, la situation a déjà évolué dans ce sens et la plupart des effectifs sont déjà armés. “En 2016, sur 21 454 agents, 18 044 étaient équipés d’une arme, toutes catégories confondues, soit 84 % des effectifs” indique l’ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot. Il s’agit maintenant, de renverser le principe de base, qui précise qu’une police municipale n’est armée, que si le maire en fait la demande au préfet, par une nouvelle pratique qui dit qu’une police municipale est armée, sauf si le maire prend une décision motivée allant dans le sens contraire.

Si c’est cette dernière option, semble trouver de plus en plus d’écho dans tous les cercles du pouvoir, après avoir semble-t-il les faveurs de nos concitoyens, il convient de bien acter certaines conséquences.

Ainsi Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au Cesdip (Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales), fait remarquer qu’armer les policiers municipaux, aura forcément une incidence sur les missions qu’ils effectuent. Ils vont devenir plus des supplétifs de la gendarmerie et de moins en moins comme des agents de proximité. Cela modifie la perception, l’image, auprès des populations, “notamment dans les petites communes “, note le chercheur. Les policiers municipaux, risquent de devenir aussi dans certaines communes de simples variables d’ajustement. Si l’Etat se désengage directement avec moins de policiers nationaux, le maire va compenser pour résoudre des problèmes de délinquance par exemple. Du coup, l’une va plus remplacer l’autre, quand elle fait défaut, que la compléter pour des taches et de la présence qui ne seront donc plus assurés.

Mathieu Zagrodzki, rappelle aussi que “pour les policiers municipaux eux-mêmes, c’est aussi une contrainte supplémentaire. Ils doivent s’habituer à porter une arme, c’est une responsabilité en plus. Si les agents qui travaillent en milieu urbain, notamment dans des zones un peu difficiles, sont favorables à cette proposition, je ne suis pas persuadé que cela est le cas pour des policiers qui effectuent leurs missions en zone rurale“. Porter une arme est une grande responsabilité juridique, qu’il faudra assumer à tous les étages dans une société, qui à la manière “anglo-saxonne”, a tendance à devenir de plus en plus procédurière et dans laquelle on fait vite la une des journaux.

Enfin, financièrement, cela représente un coût, car les armes doivent être achetées et mises en conformité régulièrement dans une législation parfois changeante au gré des événements. Des formations spécifiques doivent être mises en place. Or, nous savons, que de très nombreuses communes ont des budgets dans des situations difficiles. De plus, il est évident que le processus de recrutement va devenir beaucoup plus rigoureux.

S’il n’est pas question de nier la réalité et de constater que les policiers municipaux doivent se protéger face à des situations de plus en plus tendues, il s’agit de bien déterminer certaines conséquences des mesures mises en place. Il est primordial d’éviter à ces mêmes policiers municipaux de se retrouver en première ligne et sous le feu des critiques lors de situations dramatiques, ou tout simplement lorsqu’ils ne pourront plus intervenir dans des tâches quotidiennes auprès de la population.

Crédit photo : @lex 85