Encore une fois, la médiatisation à outrance dans les affaires judiciaires, pousse certains à vouloir prendre des sanctions sans attendre la décision de justice. C’est en l’occurrence la position d’une partie de la droite, qui met la pression sur le ministre Gérald Darmanin (ex-LR) pour qu’il démissionne, après une enquête préliminaire le visant, pour une accusation de viol. Bien sûr, du côté de la majorité, on ne le voit pas ainsi, et c’est l’étendard du respect de la présomption d’innocence, qui est brandit pour défendre le ministre.

Un ministre doit-il démissionner en cas de graves accusations ? Éternelle question, qui se pose avec de plus en plus d’à-propos avec la montée en puissance des moyens de communication et des réseaux sociaux. Il faut bien avouer, que les plus anciens d’entre nous, savent que si tous les ministres d’une autre époque avaient démissionné pour une mise en accusation, il y aurait eu d’incessants remaniements ministériels, et une instabilité politique accentuée.

Concernant Mr Darmanin, la justice a récemment rouvert à Paris l’enquête sur une accusation de viol, et des faits présumés remontant à 2009. Une première plainte mi-2017, avait été classée sans suite. La plaignante, est une ancienne call-girl, qui accuse M. Darmanin, alors jeune chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP, de lui avoir fait miroiter son appui auprès de la Chancellerie dans une affaire judiciaire en échange de faveurs sexuelles.

L’occasion est belle pour “Les Républicains” d’attaquer ce traître, qui les a quittés pour le gouvernement d’Édouard Philippe, qui lui aussi d’ailleurs, a fait la même chose. En bonne logique de communication, ce sont des femmes qui montent les premières au créneau. L’une des porte-paroles des Républicains, Laurence Sailliet déclare, “compte tenu des graves accusations qui sont portées et pour la sérénité de l’action publique, nous pensons qu’il n’a pas d’autre choix que de démissionner“. Pour une autre porte-parole de LR, Lydia Guirous “le monde vertueux, irréprochable d’Emmanuel Macron se casse la figure“. Elle rappelle ainsi que Richard Ferrand, François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard, ont eux aussi été mis en cause dans des affaires, et qu’ils ont quitté le gouvernement d’Édouard Philippe.

Plus étonnant, elles sont rejointes par le chef de file des députés PS Olivier Faure, qui ne manque pas de souligner, que si M. Darmanin reconnaissait avoir “monnayé des faveurs en échange d’une lettre qu’il a ensuite remise au garde des Sceaux“, il y aurait “une faute a minima morale” et il devrait quitter le gouvernement.

Les prises de position, sont parfois un peu étonnantes dans cette affaire, où le contour politique est important. Aurore Bergé, très engagée dans le combat pour la libération de la parole des femmes, dans la lignée du mouvement #Balancetoporc, et aussi la porte-parole des députés “marcheurs” a plaidé, “il ne faut pas que la présomption d’innocence soit balayée demain par une présomption de culpabilité“. Le ministre est aussi défendu par des proches comme le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand (ex-LR), qui dénonce “une campagne politique indigne“.

Toujours plus étonnant, une pétition lancée en ligne par des féministes, demandant au Premier ministre de mettre fin dès à présent aux fonctions de M. Darmanin, était largement reprise par le magazine “valeurs actuelles”, pourtant jusqu’ici globalement assez hermétique aux causes féministes. La liste rassemblait lundi plus de 3 700 signatures. Une bonne raison pour la secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, de faire une vraie réponse de langue de bois politique, en demandant de “laisser la justice sereinement travailler“, et s’il y avait, une mise en examen pour viol, “bien évidemment, il devrait quitter le gouvernement“.

Crédit photo : Toutain Cyril