Les représailles de Donald Trump, à l’encontre de certains produits français, montrent la difficulté de notre pays à se faire respecter face à l’ogre américain. Cependant, le gouvernement français semble bien décidé à camper sur ses positions. Il espère d’une part, que l’Europe lui emboîtera le pas dans cette démarche. D’autre part, il semble inconcevable sur la durée, qu’une partie de l’activité économique mondiale ne paie pas des impôts comme les autres.

Comme toujours, les intentions et les raisons sont sous-jacentes. La position ferme de Donald Trump, n’est pas due au hasard. Celui-ci se retrouve en bien mauvaise posture sur le front intérieur, notamment avec une procédure “d’impeachment”. Celle-ci, même si elle a peu de chances de parvenir à ses fins, fait relativement désordre en plein début de campagne électorale pour se faire ré-élire. Du coup, le président américain cherche à s’attirer les bonnes grâces de tout le monde, côté américain. Parmi eux, les Gafa, qu’il ne veut surtout pas se mettre encore plus à dos. Du coup, il reporte le débat de la taxation numérique et fait passer toute cette question pour un conflit français. En attendant, les conséquences peuvent devenir terribles pour les produits de luxe français qui pourraient se retrouver taxés de 100 %.

Face à cela, la France pourrait un peu équilibrer les forces si elle arrive à entraîner l’Europe derrière elle. Le défi français est moins de résister aux Etats-Unis, que de convaincre l’Europe de la rejoindre dans ce combat. Ce serait une belle manière de prouver et de démontrer l’utilité de l’Union européenne si souvent décriée. Quand les Etats-Unis avaient menacé de surtaxer les voitures allemandes, toute l’Union européenne avait réagi unanimement, et les Américains s’étaient ravisés. Le souci, c’est que de nombreux pays européens profitent justement du système de taxation des Gafa. La fiscalité en vigueur en Irlande, Pays-Bas, Luxembourg permet justement à ces ténors de l’économie immatérielle, d’échapper à une fiscalité classique. Or, il faut l’unanimité des 28 ou 27 après le départ du Royaume-Uni pour voter une nouvelle taxation en Europe.

Pourtant, ce n’est qu’une question de temps, car la taxation du numérique se fera à un moment donné. Le problème est mondial et ne concerne pas que la France. Globalement, la fiscalité n’est pas adaptée au numérique et aux domaines de l’irrationnel. Le G20, dont font partie les Etats-Unis, a fait la même constatation et à ce moment-là, Donald Trump y était d’ailleurs favorable. D’ailleurs, l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économique) travaille actuellement sur le sujet. Un monde où le marché traditionnel paie ses impôts et où le marché immatériel n’en paie pas, n’est pas viable un jour ou l’autre de toute manière.

Crédit photo : Emmanuelle Baudry – Em’Art