La question se pose à plusieurs niveaux, car on ne pourra pas éternellement substituer la responsabilité de l’Etat à la responsabilité individuelle ou des organisations à l’heure où justement, on demande à l’Etat de laisser le peuple décider par lui-même. Tout le monde, à son niveau, doit pouvoir clairement justifier s’il cautionne la tournure que prennent les événements. De nombreux acteurs politiques pourtant très éloignés, commencent à le faire sérieusement. Cela, va du député Les Républicains (LR) des Alpes-Maritimes Éric Ciotti à l’écologiste Yannick Jadot.

Le mouvement des Gilets-Jaunes, se retrouve confronté à ses propres limites de fonctionnement. Comme on dit, la nature a horreur du vide et si des leaders, ou une gouvernance ne se met pas en place de manière légitime et organisée, elle sera immédiatement occupée par ceux qui la prendront de fait et qui s’imposeront de force. Les dérives, que nous voyons poindre n’arrivent pas par hasard, elles sont le reflet d’une partie des gens qui défilent dans la rue ou occupent les ronds-points. Ces personnes prennent de plus en plus de place dans le mouvement, qui se liquéfie peu à peu.

Les images et les déclarations de certains leaders, les inscriptions et certains slogans qui fleurissent dans ce qui n’est plus vraiment une frange du mouvement, peuvent en effet alerter les démocrates et les républicains convaincus. Dernièrement, la prise à partie du philosophe Alain Finkielkraut par des manifestants, non pas pour ce qu’il dit, mais pour ce qu’il est, apparaît révélatrice.

“Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées, mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications“. Cette phrase, bien connue du syndicaliste Maurice Thorez, résonne fortement. Non pas, que le personnage fut exempt de tous reproches, mais elle montre, que le plus compliqué souvent dans une action revendicatrice, c’est de la mener vers des objectifs acceptables par tous les participants, et ainsi d’en déterminer une fin prévue et non pas subie.

L’image des Gilets-jaunes, est en train de pâlir ou pire elle vire gilets-rouge d’un côté et gilets-brun de l’autre. La mémoire de chacun est courte et l’on se rappelle souvent que les derniers faits sont les plus marquants. Il ne faudrait donc pas, que cette “émotion populaire” fraternelle, qui combattait justement, la vie chère, la fracture territoriale et sociale ne se retrouve sous un amas de faits divers, plus sordides les uns que les autres.

Tout est politique, soit le mouvement disparaît de façon “punk” et radicale dans une sorte de “no future”. Il reste alors immaculé dans les souvenirs et ainsi influence les choses en intégrant la mémoire collective. Soit, il perdure et influence la politique et dans ce cas, il doit rentrer dans le jeu et accepter les compromissions nécessaires. Il devra aussi, faire taire les egos de beaucoup. En effet, nombreux sont ceux, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas prendre de la hauteur et qui s’acharnent à faire en sorte, que d’autres n’y arrivent pas non plus.

Si ce n’est pas le cas, le mouvement pourrait devenir un vaste terrain de jeux abandonné, où les caïds du quartier, feront leurs lois et s’en serviront de prétexte pour justifier, tout et n’importe quoi, même l’injustifiable.

Crédit photo : sebasti10