Une nouvelle fois, une tradition ancestrale, qui n’a pas donc pas les mêmes codes et les mêmes références, va se heurter à l’apparition de nouvelles valeurs. La chasse à la glu, s’est ouverte dans le Sud-est de la France, comme chaque année. Cependant, comme à chaque fois maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à réclamer l’arrêt dès cette pratique qui apparaît de plus en plus cruelle.

C’est le sort d’environ 40 000 grives qui se joue. Cette méthode de chasse, consiste à capturer des oiseaux à l’aide de tiges enduites de colle. Si elle est encore pratiquée en France, l’Europe a par contre lancé une procédure pour obtenir son arrêt. De son côté, l’Espagne a cessé la pratique.

Cette chasse concerne uniquement la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour la saison 2019-2020, l’Etat français a autorisé 42 500 captures à la glu de grives et merles noirs. Environ 6 000 chasseurs, souvent des hommes à la retraite, la pratiquent encore. Tout cela sous le contrôle de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui a renforcé ses inspections.

En terme quantitatif, il est vrai qu’avec 42 000 oiseaux, par rapport aux 4,5 millions de grives tuées en France à chaque saison de chasse, on est loin d’un impact.

Les pièges ne peuvent être posés que du lever du jour à 11 heures du matin. Les oiseaux doivent être immédiatement décollés, le port d’arme est interdit. C’est tout ce cadre précis qui a convaincu le Conseil d’Etat de maintenir la pratique. L’exécutif a souligné à l’occasion, qu’il a divisé quasiment par deux le quota de captures autorisées cette année. De plus, les chasseurs n’ont pas du tout atteint celui de l’an dernier (42 000 oiseaux prélevés pour 78 000 autorisés).

Cependant, cette tradition provençale est dénoncée par la ligue de protection des oiseaux et la Commission européenne. Les raisons évoquées sont d’une part technique. En effet, la glu est “non-sélective”, en cela, elle est donc en infraction avec la directive européenne “Oiseaux” de 2009. La LPO dénonce aussi des dérives, car cette chasse alimenterait “un commerce des grives” illicite. La glu, qui s’achète facilement dans le commerce, est en outre utilisée par des trafiquants de chardonnerets, oiseau menacé et largement braconné, explique le responsable de l’ONCFS.

C’est aussi une question morale et idéologique, là où certains mettent en avant traditions, ruralité et défense du patrimoine, d’autres voient archaïsmes et cruautés inutiles.

La France, a déjà été contrainte de faire cesser la chasse à l’ortolan, après une procédure comparable à celle initiée sur la chasse à la glu. On souhaite bonne chance aux législateurs et aux décideurs, qui dans ce cas, auront quoi qu’ils fassent, tort aux yeux de ceux qui défendent un camp. A ces personnes, il faudra rajouter ceux qui ne comprennent rien à l’affaire, mais qui sont prompts à profiter de n’importe quelle polémique.

Crédit photo : christian godreuil