L’idée de mettre à disposition des téléphones “surveillés” pour les détenus, fait son chemin. Une expérience est menée depuis l’été 2016 avec les 290 détenus de la prison de Montmédy. Ils bénéficient d’une ligne fixe dans leur cellule individuelle ne permettant d’appeler, que des numéros déclarés et vérifiés par l’administration. Le but de cette initiative est de limiter la prolifération des portables pourtant interdits.

La ministre de la Justice s’est montrée ouverte à l’idée d’améliorer, sous certaines conditions, l’accès aux téléphones en prison. Elle va dans le même sens que les propositions d’Adeline Hazan, contrôleuse générale des prisons, qui proposait la semaine dernière que les détenus puissent directement acheter en prison des téléphones portables bridés ne servant à appeler qu’un nombre restreint de numéros, préalablement déclarés et vérifiés par l’administration pénitentiaire.

Concernant l’expérience de la prison de Montmédy, les détenus ne sont plus obligés de passer leurs coups de téléphone depuis les postes fixes disposés dans la cour de promenade ou dans les coursives, souvent bruyantes et fréquentées. Dans l’autre sens, les interlocuteurs extérieurs peuvent désormais contacter le détenu directement en lui laissant un message sur une sorte de répondeur. Bien sûr, les conversations peuvent être écoutées, enregistrées et interrompues, à l’exception de celles avec leurs avocats, le contrôleur général des lieux de privation de liberté et certaines associations venant en aide aux détenus.

Les premiers retours semblent positifs, car le temps de communication a plus que doublé, passant de 836 heures d’appels mensuels avant la mise en place du dispositif, à 2 514 heures d’appels en moyenne. L’administration pénitentiaire explique, « des détenus qui n’appelaient jamais se sont mis à le faire, et les tensions se sont apaisées », glisse-t-on. L’expérience aurait également eu un effet sur la circulation des téléphones portables, pourtant interdits en prison.

Forte de ces résultats, la contrôleuse générale des prisons, voudrait amener la garde des Sceaux à tenter la même chose avec des portables. Cependant, aucun ministre n’a jusqu’ici osé les autoriser. Donner plus de faciliter aux détenus n’apparaissant jamais comme une réforme populaire et reste immédiatement taxer de “laxisme”. Le sujet divise aussi le personnel pénitencier. Jean-François Forget, de l’Ufap-Unsa justice, syndicat majoritaire de l’administration pénitentiaire explique, « avec un téléphone portable, vous organisez une évasion. Vous orchestrez un certain nombre de choses qui mettent en fragilité le système carcéral ».

À contrario, Jean-Michel Dejenne, conseiller national au Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP), apparaît plus ouvert, « nous sommes submergés par les téléphones portables. Autant les légaliser et encadrer leur usage avec toutes les précautions de sécurité nécessaires ».

Rappelons que Jean-Marie Delarue, alors contrôleur général des prisons, avait déclaré en 2014, « nous épuisons le personnel à la recherche de téléphones portables, qui est un puits sans fond », plaidait-il à l’époque. En 2016, 33 000 appareils ont été saisis dans l’ensemble des prisons françaises.

Crédit photo : Nadja Nadja