Disons-le tout net, la nouvelle directive européenne sur les services de paiement (DSP2), qui autorise le retrait d’espèces en effectuant un paiement chez un commerçant, ne va pas dans la tradition, ni les habitudes de l’Etat français qui y voit des possibilités de fraude et de blanchiment d’argent. C’est pour cela, que le gouvernement français va encadrer la pratique, avec des seuils assez bas.Dans de nombreux pays, où la pratique est très répandue, on appelle cela du cash-back. Jérôme Reboul, le sous-directeur des banques et des financements d’intérêt général à la direction générale du Trésor, a déclaré lors d’une audition devant la commission des finances du Sénat, « nous avons prévu la mise en place par décret de seuils pour éviter que le montant retiré ne soit totalement disproportionné avec les transactions réelles. Le cash-back apporte un vrai service aux consommateurs dans le contexte de réflexion des banques sur leur réseau qui peut entraîner un éloignement des distributeurs de billets“. Cette mesure arrive en partie comme une réponse aux fermetures ou regroupements d’agences bancaires de ces dernières années, qui devrait se poursuivre dans le cadre de programmes de réduction de coûts, et face à la baisse de la fréquentation.

Cependant, si la mesure vient soulager des secteurs ou des personnes abandonnées par la présence bancaire, il convient d’éviter deux types de risques importants, faciliter le blanchiment et la fraude d’une part, et la circulation des faux billets d’autre part. De plus, cela sous-entend pour les commerçants, de bien différencier dans leur comptabilité ce qui ressort de leur chiffre d’affaires, et ce qui tient à un retrait d’espèces.

Les sénateurs ont évoqué les risques de sécurité inhérents à la circulation d’argent liquide, notamment pour les commerçants, et le risque de recrudescence de braquages, et il a rappelé, que seuls les volontaires proposeront ce service. Il ne s’agit donc pas forcément du petit commerçant espérant attirer plus de clientèle dans sa boutique, mais plutôt d’enseignes ayant déjà une forte fréquentation, et cherchant à se délester de leur surplus de pièces et billets.

Au passage, le représentant du Trésor a précisé que “le besoin de cash dans l’économie ne diminue pas. Notamment pour les petits montants. Le cash-back répond à un besoin” malgré le développement de toutes les autres formes de paiement.

Crédit photo : Will Spaetzel