L’illectronisme, c’est comme cela que l’on nomme l’illettrisme numérique, c’est-à-dire les difficultés que ressentent certaines personnes avec internet. Une récente étude du CSA dévoile que 6 millions de Français ne savent pas se servir d’internet et 23 % ne se sentent pas à l’aise. Le phénomène ne se limite donc pas comme on le pense souvent à des personnes très âgées, très exclues ou totalement déconnectées, volontairement ou pas.

Le phénomène inquiète d’autant plus que les transactions numériques se sont glissées partout. Elles concernent maintenant des organismes comme la CAF, ou Pôle Emploi par exemple, qui justement s’adressent à un type de personnes, dont peuvent être issus les “illectrolistes”. Certains internautes ont des compétences, mais bloquent pour une transaction numérique sans accompagnement humain. Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de compétence, mais aussi la confiance dans les manœuvres que l’on exécute. C’est pour cela naturellement, que l’on a positionné du personnel, pouvant aider à côté des caisses électroniques, pour que les gens se sentent à l’aise.

Or, dès lors que l’on est tout seul chez-soi, comment demander son permis, déclarer ses impôts et autres démarches. La pression monte, car tout le monde répète que “c’est facile”, et que “ça va vite”. Bien sûr, acheter un billet de train prend environ 2 minutes sur internet, sauf si on n’est pas sûr de la marche à suivre et si de nombreux termes employés restent un mystère.

Du coup, plus dramatiquement, certaines personnes renoncent à demander des aides sociales, ou peuvent perdre des allocations chômage. Chercher un emploi devient plus difficile, car aujourd’hui, les premières étapes de recrutement se déroulent surtout en ligne. Tout peut prendre des allures de parcours du combattant, même à contacter sa famille à cause de ses difficultés avec internet.

Jean Deydier, le fondateur d’Emmaus Connect, “on est tous potentiellement en précarité. Tout le monde a des doutes sur les télé-procédures, la sécurité de ses données et son e-réputation par exemple“. Il complète, “certains jeunes sans diplôme, présents sur les réseaux sociaux n’arrivent pas à utiliser internet pour leurs démarches administratives. On peut être agile sur Facebook et ne pas avoir les codes du numérique pour l’emploi” et enfin, il avertit “en général, on prend conscience de son défaut de compétence une fois qu’on est mis à l’épreuve, toutes les études montrent que le nombre de personnes fragiles numériquement, augmente chaque année“.

Il s’avère donc urgent d’accompagner ces personnes, qui sont de fait exclus ou fragilisés. Cela passe bien sûr par un accompagnement, dans des lieux de proximité et avec la participation des acteurs sociaux. C’est déjà souvent le cas, car de nombreuses associations et régies de quartier proposent ce type d’accompagnement.

Cependant, l’aide peut aussi venir de la famille, il faut pour cela que les enfants et les petits-enfants s’arment de beaucoup de patience, car papy, pense encore que cela s’appelle un minitel. Cependant, il faut aussi que mamie accepte d’écouter et que pour une fois, ce soit son petit-fils qui lui apprenne des choses.

Et puis, je sais que l’on apprend à tous les âges, mais par pitié arrêtez de me dire à chaque fois, “tu vas voir, c’est facile”.

Crédit photo : Conseil départemental des Yvelines