S’il y a bien un sujet qui fait polémique, c’est l’utilisation de l’huile de palme. Rien que le mot, provoque chez un écologiste de nos contrées une réaction presque épidermique. Sans renier les problèmes et les conséquences que l’utilisation de cette huile à grande échelle génère, il convient peut-être et comme souvent de modérer certains propos qui sont issus d’une vision très occidentale de la situation.

La mauvaise réputation de l’huile de palme, qui est produite à partir du palmier à huile principalement cultivé en Afrique et en Asie provient de deux facteurs principaux. Le premier résulte d’une constatation médicale, en effet, les médecins et les nutritionnistes ont mis en évidence une composition riche en acides gras saturés. Or, il n’est plus à démontrer que ceux-ci peuvent être nocifs pour la santé quand ils sont consommés en excès. Le deuxième facteur est écologique, la culture extensive des palmiers à huile, a pris une tournure et un développement tel notamment en Asie, que cela entraîne un impact très négatif sur l’environnement.

Fort de ces deux constatations indéniables, les actions et la sensibilisation, afin de limiter l’utilisation de l’huile de palme font rage. Cependant, il convient tout de même de prendre en compte que ces arguments sont plus justifiés dans des cadres précis.

Convenons que si l’on est dans une zone ou l’alimentation est riche et équilibrée sans risque de carence en vitamine A, il est évident que l’on peut, et dans certains cas que l’on doit, préférer d’autres types d’huiles qui seront moins riches en acides gras saturés. Par contre, dans des régions plus défavorisées présentant une diversité alimentaire plus faible et des risques de carences en vitamine A, la consommation modérée d’huile de palme rouge permet d’avoir une très bonne source de vitamine A sans augmenter les risques de maladies cardiovasculaires.

Concernant l’aspect écologique, comme souvent, ce n’est pas la récolte ou la production qui est en cause, mais ses modalités. On ne peut pas comparer les dégâts occasionnés par les plantations massives, de Malaisie, qui entraîne une déforestation incontrôlée et donc nuisible pour l’environnement, et les petites plantations raisonnées permettant une agriculture vivrière ou encore les palmiers sauvages d’Afrique qui ont un rôle très important pour stabiliser les berges des cours d’eau.

Il serait donc judicieux encore une fois dans les commentaires et les prises de position, de considérer les impératifs de chacun et voir les choses avec les yeux de ceux, qui le plus souvent sont confrontés plus directement aux problèmes, ou en ont d’autres que nous. Encore une fois, la frontière est mince entre conseils avisés, parfois décevants, mais prenant en compte plusieurs points de vue et un jugement radical et dogmatique, certes plein de bonnes intentions, mais aux frontières du colonialisme.

Crédit photo : Adagat Mangue Debol