DeGauleLe droit de vote des femmes? Plusieurs hommes politiques, ce serait le général de Gaulle qui l’avait permis. Une vision un peu “enjolivée” du droit de vote féminin, qu’on doit à un député communiste… et surtout à des années de combats féministes.

 


Cela fait déjà 70 ans jour pour jour que les Françaises ont mis les pieds pour la première fois dans un bureau de vote. Pour marquer cet anniversaire, plusieurs membres de l’UMP se sont félicités sur Twitter. “C’est le général de Gaulle qui a donné le droit de vote aux femmes, ne l’oublions pas” a écrit Jean-Pierre Lecoq, maire du 6e arrondissement de Paris. Le député Jean-François Mancel dit “merci”à Charles de Gaulle alors que Xavier Bertrand affirme son enthousiasme en écrivant “Il y a 70 ans le général de Gaulle permettait aux femmes d’exercer leur droit de voter pour la première fois en France”.

 


De Gaule est-il donc la nouvelle icône féministe? Faut-il vraiment lui attribuer toutes les louanges? Eh bien, non! . “Il ne s’agit pas de nier qu’il a joué un rôle puisque c’est bien lui qui signe l’ordonnance du 21 avril 1944 qui instaure le droit de vote des femmes”, analyse Christine Bard, professeure d’histoire à l’université d’Angers et auteure des Femmes, dans la société française au XXe siècle. “Mais cette décision n’est pas prise par lui toute seule, mais collégialement par l’assemblée consultative d’Alger, par un vote.”

 


C’est Fernand Grenier qui a avancé la proposition d’ajouter le droit de vote aux femmes. À l’origine, le texte envisageait d’établir l’éligibilité des Françaises. Fernand Grenier a suggéré d’y ajouter le droit de vote. Cela donnera “les femmes sont éligibles et électrices dans les mêmes conditions que les hommes”. Le texte a été voté avec 51 voix.

 


Il est donc un peu hâtif de considérer Charles de Gaulle d’être le grand investigateur du suffrage féminin. «Il ne faut pas réécrire l’histoire : le droit de vote des femmes n’était pas un sujet particulièrement important pour De Gaulle», a souligné Christine Bard. «Dans ses mémoires, le droit de vote tient en trois lignes. Il avait des conceptions traditionnelles sur le rôle des femmes, même si cela ne l’a pas empêché d’accepter l’idée de la citoyenneté des femmes, plus aussi subversive qu’au XIXe siècle.»

 


Le suffrage féminin était quasi-obligataire en 1944. C’est un rattrapage pour la France qui tentait de combler sa lacune vis-à-vis des autres pays européens. Le Sénat qui avait fait blocage de toute évolution n’existe plus. “Il aura fallu ces circonstances très exceptionnelles pour que les Françaises puissent voter. C’est beaucoup plus complexe que l’idée du grand homme qui “accorde” ce droit.”

 


D’ailleurs, oublions les termes “donner”, “accorder” et “octroyer”. “Utiliser ces mots, c’est faire comme si les femmes étaient passives, indifférentes, comme si elles ne l’avaient pas vraiment demandé” a exposé un universitaire. “C’est un mythe que les Françaises étaient peu investies. Certes, en France, le mouvement a été moins radical qu’en Angleterre, plus respectueux de la légalité. Mais il y a eu un mouvement suffragiste très riche, avec de nombreuses associations, des journaux, des dizaines de milliers de militants. Le problème c’est l’oubli. On n’a pas valorisé cette histoire dans notre mémoire collective.”

 


À la sortie de la guerre, c’est surtout la participation des femmes à la résistance qui a fourni un argument de poids. Il est impossible de refuser des droits de politiques à des femmes qui ont lutté contre les nazis. Mais cette raison rend invisible tout un passé de luttes féministes pour le droit de vote. “Dès 1944, on occulte le rôle des suffragistes. On les oublie alors que si les femmes ont gagné le droit de vote, c’est parce que des suffragistes l’ont réclamé pendant des décennies.”

 


La ministre de la Justice, Christiane Taubira s’est également exprimé sur twitter pour remettre les points sur les I: “Non, ni donné ni octroyé, conquis! Par des générations de femmes opiniâtres, ingénieuses, courageuses, résistantes. Merci”

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