Un rapport de l’Éducation nationale va être présenté, devant le Conseil supérieur de l’éducation. Il comporte une série de décrets et d’amendements, pour mieux contrôler l’enseignement indépendant, qui connaît depuis quelques années un essor considérable. Il s’agit de réaffirmer une prérogative de l’état, qui veut que si l’école n’est pas obligatoire, l’instruction entre 6 et 16 ans l’est.

C’est tout d’abord un constat, le nombre d’enfants qui apprennent ainsi la lecture, les mathématiques ou l’histoire sans suivre les programmes, et les cours du Centre national de l’enseignement à distance (CNED), est passé de 2 000 à 7 300 entre 2008 et 2015. Le nombre d’établissements hors contrats, confessionnels, chrétiens, juifs ou musulmans, ou adeptes de pédagogies alternatives, représentent de son côté environ 60 000 enfants.

Le rapport prévoit de soumettre les écoles privées à une autorisation préalable pour ouvrir, alors qu’elles n’avaient jusqu’ici qu’à déclarer leur existence aux autorités. Les parents qui veulent faire l’école à la maison devront justifier du niveau de leur enfant à chaque fin de cycle, c’est-à-dire tous les trois ans, et les rectorats pourront les soumettre, à des contrôles écrits ou oraux.

Les arguments de l’inquiétude des ténors de l’Education nationale, sont tout d’abord, la crainte d’un cursus tout simplement faible et des acquisitions insuffisantes. D’autre part, actualité oblige, on craint aussi l’enseignement des principes contraires aux valeurs républicaines. Plus globalement, le risque se trouve dans la difficulté à s’inscrire dans un collectif. L’école traditionnelle permet aux enfants de côtoyer d’autres personnes que l’on ne connaît pas, que l’on n’aime pas forcément, et qui ne nous ressemblent pas toujours. C’est une étape dans un processus de socialisation à l’échelle d’une nation. On peut craindre que cette mouvance s’inscrive dans une tendance plus globale de repli sur soi, et que le collectif et la découverte de l’autre ne disparaissent, et que les enfants ne deviennent des étrangers les uns pour les autres. Ce serait une tendance communautariste incompatible avec idéal de l’école républicaine de notre pays, et donc de notre vision de l’éducation.

Pour les partisans de l’enseignement alternatif et des écoles privées, il s’agit de défendre un droit fondamental, celui de choisir, l’éducation de ses enfants. Au-delà d’un droit, c’est aussi une responsabilité, les parents ne doivent pas se cacher derrière l’état pour s’occuper de leurs enfants. “La nation a décidé que tous les enfants devaient arriver à 16 ans au même socle de connaissances : il est normal qu’elle vérifie qu’ils y sont bien, mais elle doit permettre aux familles d’emprunter le chemin qu’elles souhaitent”, assure l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel). Un collectif s’insurge contre ce qu’ils perçoivent comme une tentative de les ramener de force dans le schéma traditionnel, perçue comme un modèle devenu inadapté. Pour eux, l’école ferait mieux de se doter de plus de moyens, se réformer, de se remettre en question pour faire face à ses propres difficultés, et ainsi mieux comprendre pourquoi de plus en plus de personnes s’en détournent.

Au-delà des conceptions idéologiques, politiques, philosophiques, il ne faudrait pas oublier l’intérêt des enfants.

crédit photo : Marmeladov

 

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