La situation du navire humanitaire Sea-Watch, bloqué en face de Lampedusa, est révélatrice de la complexité et des tergiversations autour de l’attitude à avoir face à l’arrivée des migrants sur les côtes européennes. Ce bateau, a voulu faire débarquer 42 migrants secourus il y a 15 jours. Il a été arrêté par les autorités italiennes. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, ne veut pas entendre parler de débarquement, à moins que les migrants ne soient immédiatement transférés aux Pays-Bas, pays dont le navire bat pavillon, ou en Allemagne, pays de l’ONG Sea-Watch. Une solution est peut-être en vue.

De fait, le bateau reste à un mille nautique du port, sous la surveillance de la police. Une délégation de parlementaires italiens de gauche, est également montée sur le navire pour exprimer sa solidarité. Pendant ce temps-là, dans d’autres sphères, on joue à “toi d’abord”. A Bruxelles, le commissaire européen chargé des migrations, Dimitris Avramopoulos, a affirmé que plusieurs pays européens étaient prêts à participer à une telle répartition, mais seulement “une fois les personnes débarquées“. Impensable pour l’image dure que veut imposer M. Salvini. Il exige l’arrestation de l’équipage du Sea-Watch et la saisie du navire. A ce titre, il a fait adopter par le gouvernement un “décret-loi sécurité bis” qui lui a permis d’interdire expressément au Sea-Watch, de pénétrer dans les eaux italiennes.

De l’autre côté, la capitaine Carola Rackete 31 ans, a volontairement ignoré les ordres. “Je suis prête à aller en prison pour cela“, a-t-elle déclaré, affirmant s’en tenir au droit maritime. La jeune femme et les responsables de Sea-Watch risquent des poursuites pour aide à l’immigration clandestine et, en vertu du nouveau décret-loi, une amende de 50 000 euros ainsi que la saisie du navire. L’occasion pour Sea-Watch de braquer un peu plus les projecteurs sur son action. Une cagnotte lancée alors sur Facebook par un militant italien pour payer les frais de justice de l’ONG, a récolté plus de 165 000 euros en 24 heures.

Tout ceci, n’est qu’une goutte d’eau dans la méditerranée, car en parallèle près de 500 migrants ont débarqué en Italie ces deux dernières semaines, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur. Plus au nord la marine maltaise, a annoncé avoir secouru jeudi un groupe de 64 migrants sur une embarcation en détresse, et il y en aura bien d’autres.

Faute d’accord au niveau des Etats, les initiatives privées se multiplient. Elles ne sont pas toujours bien préparées et elles se font dans un anarchisme qui va favoriser indubitablement les plus forts, les plus riches et les plus malhonnêtes, au détriment de ceux qui en ont le plus besoin.

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