donald-trump_photo-de-bip-americaSigne des temps et véritable institutionnalisation du phénomène, le dictionnaire britannique Oxford a choisi, de désigner le mot “post-truth” (post-vérité) comme mot de l’année. Il désigne une période, où les faits ont moins d’influence sur l’opinion publique que les émotions et les opinions personnelles.

Le mensonge en politique, n’est bien sûr, pas en soi une nouveauté. Par contre, ce qui est nouveau, c’est que l’on ne se soucie absolument plus de la vérité et des faits. Les hommes politiques ont toujours eu recours au mensonge, mais ils devaient en subir les conséquences, électorales et juridiques s’ils étaient découverts ou allaient trop loin.
Fini tout cela, nous ne sommes plus dans le temps du menteur, qui connaît la vérité, et ment pour mieux la cacher ou la manipuler, on va au-delà (ou encore plus bas si on se place sur le plan éthique ou intellectuel). Voici venir en politique le temps du vulgaire “baratineur ” “bullshiter” comme l’a désigné le philosophe américain Harry Frankfurt. Il dit tout et n’importe quoi, sans se soucier des conséquences, ni en avoir peur, l’important, c’est de vendre sa camelote.
Ce qui compte, c’est d’apporter ce que veut le plus grand nombre, et en le créant si besoin est. Les dernières élections américaines en sont le parfait exemple. Donald Trump a envoyé des mensonges, sans se soucier d’être découvert et presque comme une arme. Cela ne semble plus déranger personne de savoir que son favori ment, y compris à ses propres troupes.
On pourrait y voir le début d’un processus, en fait, c’est plutôt les conséquences d’une évolution. A force de répéter que la vérité et la preuve sont manipulées par les enjeux de pouvoir. Comme souvent, nous avons oublié que le chemin était aussi important que la destination, autrement dit, que la méthodologie était aussi importante que le résultat. S’appuyer sur la preuve et le respect des faits pour aboutir à la vérité, ce sont les attitudes défendues par les journalistes, les professeurs, et les chercheurs. Désormais, ces valeurs se sont effondrées, et font désormais l’objet d’un scepticisme général qui emporte tout.
Les réseaux sociaux ont certainement accéléré le mouvement, les gens partagent et aiment des contenus, qui vont dans le sens de leurs opinions ou qui les rassurent. L’algorithme des réseaux sociaux ne se soucie pas de la vérité d’une information, il apporte des contenus similaires à ceux que l’on a déjà aimés et partagés.
Ce qui compte, ce n’est plus la vérification des faits, mais de savoir qui l’a dit. Bizarrement, en ces temps de recul de la religion classique dans nos pays occidentaux, nous maintenons une sorte d’attitude de croyance. Cette fois, c’est dans la parole de celui qui a parlé, qui passe maintenant devant la vérification et la preuve. C’est là que se situe le danger, car plus les individus réagissent avec leurs affects, plus ils sont manipulables.
Les sites complotistes ou de désinformation l’ont bien compris, au lieu de clairement exposer leurs points de vue, ils dénoncent d’abord les abus (parfois réels) des médias classiques, mais au lieu de vous amener à une réflexion globale, et à une recherche générale, ils vous assènent tout de suite de leur propre vérité et si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous êtes mal informés, CQFD.
La technologie ne change rien à une éternelle réflexion, on confond l’information et le savoir. La première est une attitude passive, l’autre est active, et demande un effort, un apprentissage et une instruction. Il est maintenant facile de savoir, mais ce sera toujours difficile d’analyser. Hélas, tout le monde maintenant, croit savoir, or en fait, il est simplement au courant.
Celui qui sait, qu’il ne sait pas, et qui continue à chercher en sait déjà beaucoup.

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Crédit photo : bip américa