Il est clair, que les relations entre les hommes politiques, et les journalistes se sont largement dégradés, notamment depuis la dernière élection présidentielle. Dans son dernier rapport, L’Observatoire de la déontologie du journalisme (ODI), qui réunit des particuliers, des professionnels, et des médias, met en exergue le dénigrement systématique, ou média bashing des médias de la part de la classe politique. Cependant, l’ODI n’exempte pas la presse de ces responsabilités en lui reprochant un mélange, et une confusion parfois volontaire des faits, et des opinions.

C’est devenu une attitude classique chez de nombreux politiques, quand les infos diffusées par un journaliste ou une chaîne de télé ne plaisent pas, ou ne vont pas dans le sens souhaité, on ne cherche plus à démentir ou à convaincre, on dénigre, on boycott, voire on menace.

Il en résulte, que de plus en plus de journalistes sont systématiquement écartés, ou tout simplement livrés à la vindicte populaire pour être sifflés et parfois même blessés. Pour exemple, l’ODI cite la décision du FN durant la campagne, de priver certains journalistes d’accès à ses événements, ou de leur interdire d’interviewer les militants lors d’un meeting. Elle déplore aussi “des journalistes ont été hués lors de réunions de François Fillon. Certains ont failli être molestés. D’autres ont reçu des menaces de mort “, sans aucune réaction de la part du candidat LR.

L’Observatoire, se penche aussi sur la généralisation des procédures baillons, c’est-à-dire la menace systématique, et souvent appuyée de poursuites à travers des « plaintes et menaces de plaintes déposées ou annoncées pour tenter d’intimider des journalistes jugés trop curieux » et gêner leur travail. Le rapport fait état de ces pratiques notamment de la part d’entreprises, comme le groupe Bolloré ou le géant laitier Lactalis, et n’épargne pas non plus le gouvernement et l’Elysée.

De l’autre côté, l’Observatoire signale, que si la presse veut être protégée, encore faut-il qu’elle fasse son travail convenablement. Le rapport insiste sur “un relâchement de la rigueur sous l’influence de débats publics virulents et très polarisés “ et une fréquente confusion entre « les faits et les opinions ». Il serait temps de faire le ménage, et d’éviter la confusion des genres entre “animateur, chroniqueur invité et journaliste ” qui ne sont pas tenus aux mêmes exigences.

Pour faire évoluer les choses dans le bon sens, les auteurs du rapport préconisent comme c’est le cas dans de nombreux autres pays, notamment européens, l’instauration d’une instance indépendante et tripartite. Celle-ci serait composée de journalistes, d’entreprises de presse, et du grand public, chargée de veiller au respect de la déontologie.

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