Christiane Taubira_photo de Parti socialisteChristiane Taubira a démissionné du gouvernement, voulant rester ferme dans ses engagements de toujours. Elle n’a pas voulu faire un nouveau grand écart que lui imposaient les mesures contre le terrorisme et sa conception des libertés individuelles. Elle continue à privilégier la réflexion, la compréhension, et le risque plutôt que la réaction, la fermeté et la sécurité. Elle laisse donc la place libre à une gauche qui se veut de plus en plus pragmatique.

En étant femme, ministre, noire, elle a toujours été la cible a priori pour les réactionnaires de tous bords. Elle est la cible d’injures racistes sur les réseaux sociaux ou lors de ses déplacements. Des pancartes sur lesquelles sont écrit “y a bon Banania” l’accueillent, les insultes fusent, comme à Angers en octobre 2013, où une petite fille lui lance, sous le regard approbateur de ses parents “La guenon, mange ta banane”.

Cependant, celle qui a toujours assumé une “indiscipline de tempérament” a aussi nourri ses sentiments exacerbés. De son passage au ministère de la Justice, elle ressort auréolée ou détestée, c’est selon, en grande partie en raison de son rôle de porte-parole de la loi sur le mariage pour tous.

Son évolution sur l’échiquier politique, a aussi concentré des inimitiés jusqu’au sein même de ses amis politiques. En 1994, elle est élue au Parlement européen sur la liste de Bernard Tapie, en 1997, elle rejoint le groupe socialiste. Fin 2001, elle adhère au groupe RCV (Radical Citoyen et Vert). En obtenant 2,3 % des suffrages à l’élection présidentielle de 2002 sous la bannière du Parti radical de gauche, elle n’aide pas Lionel Jospin, éliminé dès le premier tour. En 2004, elle s’oppose à sa famille politique lors du vote de la loi sur les signes religieux à l’école, qu’elle désapprouve. Un an plus tard, elle prend position pour le “non” au référendum pour une Constitution Européenne.

Au sein même du gouvernement, tout n’était pas simple, “à la fois dedans et dehors”, disaient d’elle avant sa démission, certains de ses collègues du gouvernement Valls, parfois exaspérés par ses sorties.

Ce sont certainement ses combats, qui animent le mieux Christiane Taubira. Avant celui en faveur du mariage pour tous, c’est le texte adopté le 10 mai 2001 auquel elle a prêté son nom, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité, qui restera sa grande œuvre législative.

Au-delà des grandes envolées lyriques dont elle est coutumière, le bilan de Christiane Taubira apparaît mitigé. Après avoir perdu ses arbitrages sur la réforme pénale, l’un de ses projets phares, la réforme de la justice des mineurs, qu’elle veut moins répressive, s’enlise. Elle a maintenant choisi de ne plus faire peser le poids de ses engagements dans le gouvernement, surtout après les attentats de novembre, la ministre ne cache pas son opposition au projet de déchéance de la nationalité pour les binationaux coupables de terrorisme.

Tout ceci peut s’apparenter à une force de conviction ou un goût immodéré pour le paradoxe, suivant si on est fan ou qu’on déteste le personnage qui de toute façon ne laisse pas indifférent.
Crédit photo :  Parti socialiste