Maintenant, que les Anglais ont voté pour le Bréxit, il serait peut-être temps de réexaminer le traité du Touquet, signé en 2003, qui réglemente l’immigration clandestine vers le Royaume-Uni au départ de la France. C’est le souhait de certains élus français, dont Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France, mais aussi l’eurodéputée écologiste Karima Delli, et la maire de Calais Natacha Bouchart, qui précise “les Britanniques ont voulu quitter l’UE. Je le regrette, mais je le respecte. Ils doivent en assumer toutes les conséquences économiques et migratoires”.  La “jungle” de Calais pourrait en conséquence réapparaître dans le sud de l’Angleterre

Le traité du Touquet est né au moment de la fermeture du camp de Sangatte. Son but est de mettre en place et de renforcer la coopération franco-britannique, et faire face à l’immigration clandestine. Sur le terrain, il a surtout eu comme conséquence de donner à la France le soin de faire les contrôles douaniers. Conséquence de ce traité selon Xavier Bertrand, ce sont les ports français qui subissent, et gèrent le flux migratoire. Dès-lors, les départements du Nord et du Pas-de-Calais ont vu apparaître d’immenses campements sauvages regroupant des milliers de clandestins (la jungle de Calais, Grande-Synthe…) dont le seul but est de passer outre-Manche.

Le gouvernement français, pour sa part avait agité la menace en cas de Bréxit. Emmanuel Macron avait indiqué, que “le jour où la relation franco-britannique sera rompue, les migrants ne seront plus à Calais“. David Cameron, le Premier ministre britannique en avait d’ailleurs parlé pendant sa campagne anti-Brexit. “En cas de sortie de l’UE, rien n’empêcherait plus, des milliers de personnes de traverser la Manche en une nuit“.

Cependant, il ne faut pas oublier, que ce sont des personnes dont nous parlons et pas de marchandises. Il n’est pas concevable qu’ils deviennent, juste les victimes de postures politiques que de solutions efficaces et humaines. Il est à craindre, que de retrouver un système de frontière classique inciterait les migrants à traverser ce dangereux bras de mer, et de se retrouver avec les mêmes problèmes et les mêmes drames qu’en Méditerranée (3 771 migrants ont péri noyés en mer, selon l’Organisation internationale pour les migrations). Pour le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, “il faut donc réfléchir avant de dire n’importe quoi” et “ne pas faire de démagogie”. Sinon, on pourrait rapidement retrouver des cadavres sur les plages du Nord de la France.

Techniquement, ce sont des accords bilatéraux qui n’ont pas de rapport avec les Brexit, et pour Bernard Cazeneuve les remettre en question reviendrait à “envoyer le signal aux passeurs qu’ils sont légitimes à mettre tous les migrants à la frontière pour qu’ils passent”. “Demain, il n’y aurait plus 6 000, mais 20 000” migrants à Calais.

Philippe de Bruycker, professeur spécialiste de l’immigration à l’Université libre de Bruxelles conclut, “certes, il n’y a pas de lien automatique d’un point de vue juridique entre le Brexit et le traité du Touquet, mais cet accord, qui constitue un cadeau de la France fait à un partenaire européen, peut-il être maintenu si, justement, le Royaume-Uni n’est plus européen ?”

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