Le carnaval au Brésil fait partie de la tradition, et de l’image du pays. A ce titre, un président nationaliste comme Jair Bolsonaro, devrait défendre cette institution. Cependant, les choses se compliquent lorsqu’une tradition se moque de certaines institutions. C’est le cas de quelques écoles de Samba, qui profitent du carnaval pour délivrer un message pas toujours favorable au pouvoir en place.

En fait, c’est l’essence même des fêtes, comme le carnaval ou plus près de chez nous les charivaris. Ce temps festif, est l’occasion de bafouer et de renverser durant quelques heures l’ordre moral et sociétal en place. A ce titre, le défilé Mangueira, de l’école de samba championne en titre du carnaval, a décidé de raconter à grands coups de chars et de costumes multicolores, le retour de Jésus sur terre. Bien sûr, celui-ci prêche un message de tolérance dans une favela, ces quartiers pauvres de Rio minés par la violence. Jusque-là passe encore, seulement le Jésus va prendre les  traits d’une femme “au visage noir et de sang indigène”. C’est ainsi qu’il est décrit dans une chanson qui sera entonnée en boucle lors du défilé.

Il faut dire, que l’engagement de l’école de samba de Mangueira, n’est pas neutre. Elle est née dans une favela du même nom, qui mène la contestation face à la vague ultra-conservatrice qui est arrivée au pouvoir au Brésil. Marcus Portugal Feital, professeur de littérature de 61 ans, explique “Jésus protège les plus vulnérables, les populations abandonnées par les pouvoirs publics, les Noirs qui vivent dans des ghettos. Il représente tout ce que ce facho de Bolsonaro ne fait pas”. Ainsi, les paroles de la chanson de Mangueira sont pleines de références politiques et le titre lui-même, renvoie à un verset biblique cité à maintes reprises par Jair Bolsonaro “la vérité vous rendra libre“.

Le président Brésilien, n’est pas le seul à s’offusquer, et les milieux catholiques conservateurs qui gravitent autour de lui s’agitent. L’Institut Plinio Correa de Oliveira, a recueilli plus 100 000 signatures sur une pétition en ligne intitulée, “Dites non au défilé de Mangueira”. C’est une pétition de plus, car en décembre, une autre a appelé au boycott de Netflix. La plateforme avait mis en ligne une fiction montrant un Jésus homosexuel. Au-delà des pétitions, les positions se radicalisent et les actions peuvent être plus violentes. Le siège du collectif d’humoristes qui a produit ce film, a été attaqué à coups de cocktails molotov.

Jair Bolsonaro, a été clairement élu avec le soutien des communautés évangéliques. Il renvoie l’ascenseur comme on dit. De nombreux ministres dans son sillage se sont lancés dans une “guerre culturelle” moralisatrice.  A Rio, le maire Marcelo Crivella, qui est un évangélique a très nettement crispé les positions, en ne participant pas aux festivités depuis sa prise de fonctions en 2017.

Il n’a donc pas vu, Mangueira remporté le titre grâce à un défilé mettant en lumière les héros populaires noirs et indigènes dont on parle peu. L’école a aussi évoqué Marielle Franco, conseillère municipale noire et lesbienne, assassinée en mars 2018. D’autres écoles de samba, ont également choisi des thèmes politiques. Il s’agit par exemple, des questions environnementales et les droits des indigènes en Amazonie. Ce sont aussi des sujets sensibles, et pas vraiment du goût du président Bolsonaro.

Qu’il le veuille ou non, la tradition perdure et le carnaval de Rio continue à être le moment où toutes les folies sont permises avant la période d’abstinence du carême. Au grand dam des gouvernements et des puissants, qui doivent pendant quelques jours supporter tout cela.

Crédit photo : rafaela biazi