Elle est souvent l’invité pas vraiment conviée de nos piques-niques et des grandes tablées d’été. Elle suscite de grands gestes pour la repousser des plats servis sur la table. Ce tableau bien familier semble particulièrement d’actualité cette année, car dans plusieurs départements, les sociétés de désinsectisation et les pompiers, assurent faire face à une très forte hausse par rapport à 2017 du nombre d’appels signalant des nids de guêpes pour des cas bien plus inquiétants.

C’est surtout dans le quart nord-est du pays, que les hyménoptères semblent en pleine recrudescence. Pas étonnant, que les journaux et la presse locale en fassent la une des “faits divers”. Ainsi, c’est dans La “Voix du Nord” qu’un salarié d’une société de désinsectisation, débordée par les appels depuis le début de l’été explique, “en dix ans de métier, on n’a jamais vu ça ! C’est l’année du siècle ! Un vrai fléau“. “Est Éclair” confirme en précisant, que dans la Marne, 200 cas de nids attendaient d’être traités, fin juillet. “France Bleu Alsace” enfonce le clou en ajoutant que dans le Bas-Rhin, les pompiers reçoivent en moyenne 200 à 250 appel par jour. “Les clients viennent, mais ils repartent vite à cause des guêpes“, rapporte de son côté une restauratrice de l’Yonne à “France Bleu Auxerre”.

Cependant, il faut bien avouer que tout cela reste du domaine de l’empirisme et de la sensation. Le Vice-président de l’Office pour les insectes et leur environnement, François Lasserre, rappelle “il n’y a pas de réseaux d’observateurs des guêpes à l’échelle nationale qui soit capable de mesurer une éventuelle augmentation“. Ce scientifique pragmatique émet aussi un principe classique, qui veut que ce type de manifestations locales ait pu bénéficier d’une couverture assez large en raison du manque d’actualité en période estivale. Il rappelle aussi, que les guêpes sont toujours plus visibles à la fin de l’été, sans qu’une augmentation de leur nombre en soit nécessairement la cause. L’été se finissant, la reine pond de moins en moins, et les ouvrières consacrent ainsi de plus en plus de temps hors du nid.

Cependant, Gérard Duvallet, professeur émérite et chercheur au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, concède que l’été particulièrement chaud avec en point d’orgue la série d’épisodes caniculaires, peut générer une hausse. “La chaleur accélère la croissance des insectes. Avec une température élevée, on assiste à un écourtement des différents cycles de développement de la guêpe. Plus il fera chaud, plus la guêpe passera donc rapidement du stade de larve à celui d’ouvrière”. Il faut rajouter à cela, en guise d’explication, des hivers relativement doux qui permettent à plus de reines cachées dans des troncs de survivre. Plus il y a de reines qui ont survécu quand arrive le printemps, plus il y a de colonies potentielles“, poursuit l’entomologiste.

François Lasserre, soucieux de la protection de ces protégées rappelle tout de même, “il y a 8 000 espèces de guêpes en France. Sur ce chiffre, seules vingt espèces font des nids et seulement deux viennent à votre table vous voler de la nourriture”, il s’agit de la “guêpe commune” et la “guêpe germanique”.

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