Il est parfois difficile de comprendre ce qui motive nos voisins étrangers à manger ou boire certains produits. Bien sûr, il y a la culture et les habitudes du palais, que l’on peut évoquer pour les plats traditionnels. Cependant, parfois, c’est tout de même plus étrange. En Allemagne par exemple, on boit du « Spezi », une boisson mélangeant du Coca-Cola et du soda à l’orange. Pour comprendre ce goût pour une boisson dont même la couleur nous ferait fuir, il faut revenir en arrière, et faire un peu d’histoire.

Nous sommes en Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale, et le rationnement bat son plein. Au fur et à mesure, la situation se dégrade pour le troisième Reich, et il est donc de plus en plus difficile de trouver, même les denrées les plus essentielles. Au milieu de tout cela, alors que l’Allemagne Nazi s’apprête à entrer en guerre contre les Etats-Unis, la firme Coca-Cola continue son activité tant bien que mal. On note tout de suite, le paradoxe qu’il y a de voir ce symbole de l’Amérique continuer son activité au milieu d’un pays en guerre contre les Etats-Unis. Cependant, ce n’est pas cela qui occupe l’esprit de ses dirigeants, il s’acharne juste à continuer leur production. En désespoir de cause, et comme il est impossible d’importer les ingrédients nécessaires à la fabrication du cola, la filiale allemande de The Coca-Cola Company invente en 1941 à Francfort, le Fanta.

La guerre se termine, et le Coca “made in América” revient, sans toutefois sceller la fin du Fanta. Le produit de substitution du troisième Reich, va prendre sa place dans le panel des produits de la marque.

En Allemagne on fait mieux, et avec un vrai goût pour le pragmatisme, le mélange des deux s’effectue pour donner naissance au Spezi, qui veut dire « pote » en Bavarois. Dans les années 50, à Augsbourg, la brasserie Riegele commercialise une boisson, mélange de cola, de jus de citron et d’orange.

Depuis, toutes les marques en font, Coca-Cola avec le « MezzoMix », PepsiCo avec le « Schwip-Schwap ». Même Vita Cola, la marque de cola de l’ex-RDA a, elle aussi sa version orangée. En 2015, il s’est vendu 733 millions de litres, rien que pour les particuliers. Cependant, la consommation ne dépasse guère les pays germanophones, qui ont une vraie fascination pour le pétillant. On y boit bien plus d’eau gazeuse que d’eau plate. Dans le reste du monde, difficile de passer le cap d’une couleur, il faut bien l’avouer, pas vraiment ragoûtante.

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