Longtemps perçu comme l’alcool maudit, l’absinthe fut interdite en France en 1915, c’est-à-dire en pleine Première Guerre mondiale. Elle est accablée à l’époque de tous les maux. Cette longue disgrâce est maintenant terminée. Cela profite à la ville de Pontarlier et sa région. L’alcool emblématique de la Franche-Comté, vient d’obtenir le label d’indication géographique pour les boissons spiritueuses.

C’est la Commission européenne, qui vient de décider la création de cette appellation. Celle-ci vient récompenser un long et patient travail. C’est surtout la reconnaissance d’un savoir-faire de plus de 200 ans pour élaborer cet alcool de l’Est de la France. La Commission explique que pour prendre cette décision, elle s’est appuyée sur de nombreux textes datant du 18e siècle. Ces textes évoquent déjà “l’élixir d’absinthe dans la région de Pontarlier”. Cette production va par la suite avoir un franc succès pour atteindre 66 000 litres journaliers en 1914. L’absinthe de Pontarlier, est alors exportée et présente partout. Elle profite pour sa diffusion et son succès, de l’engouement qu’elle suscite dans le monde artistique parisien de l’époque, qui rayonne mondialement.

Ce succès fera aussi en partie sa perte. Dans un pays en prise à un des conflits les plus meurtriers de son histoire, l’absinthe et son abus de consommation, font partie des fléaux qu’il faut combattre. Elle est aussi la boisson des artistes, des marginaux, et pire des “pacifistes”. Cette pensée est intolérable au milieu d’un pays en quête de revanche et qui doit pouvoir compter sur la bonne santé physique et morale de ses hommes, pour les envoyer mourir sur le front. Les spécialistes de l’époque démontrent à juste titre, que la très grande consommation d’absinthe rend fou. Ils oublient au passage de préciser, que l’abus d’autres alcools aussi. Le lobby du vin, voit en elle un excellent bouc-émissaire et une concurrence affaiblie. La messe est dite, l’interdiction tombe, elle perdurera jusqu’en 2001, date à laquelle, elle est réhabilitée en France, avec de nouvelles normes. Son renouveau actuel, est lié au fait, qu’elle a été débarrassée de sa molécule la plus dangereuse en dehors de l’alcool, la thyone. Celle-ci, est très convulsivante et provoque des sensations de désinhibition, et même à fortes doses, des hallucinations.

Pontarlier, où en 1805 Henri Louis Pernod venant de Suisse, installe la première distillerie d’absinthe, devient donc une indication géographique, qui définit désormais l’absinthe. Selon la réglementation, celle-ci se présente comme “un spiritueux limpide de couleur jaune pâle tirant sur le vert dont le degré d’alcool lors de la mise sur le marché est supérieur ou égal à 45 % et la production est limitée à un certain nombre de communes du département du Doubs, limitrophe de la Suisse”. La nouvelle appellation va rejoindre les 238 indications géographiques de boissons spiritueuses déjà enregistrées au niveau de l’Union européenne.

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