Incrédulité et incompréhension chez les agents qui gèrent la vidéosurveillance de la ville de Nice. Ils ont reçu une réquisition de la part de la sous-direction antiterroriste (SDAT) leur demandant l’effacement “complet” de 24 heures d’images provenant de six caméras nommées et numérotées, mais aussi de toutes les scènes depuis le début de l’attentat ayant eu lieu sur la promenade des Anglais, dans la nuit du 14 juillet.

On se doute, que les agents du centre de supervision urbain de Nice, ont dû se faire confirmer et reconfirmer la directive, car normalement le centre de vidéosurveillance, et la ville de Nice pourraient être poursuivis pour cela, et d’ailleurs, les agents en charge du dispositif ne sont pas vraiment habilités à se livrer à de telles opérations. Celui-ci supprime normalement et automatiquement au bout de dix jours les images qu’il possède, mais la loi permet de les conserver jusqu’à un mois.

La demande paraît d’autant plus étonnante, car dans un premier temps, la SDAT a envoyé des serveurs afin de récupérer les 30 000 heures de vidéosurveillance liées aux événements. L’opération de sauvegarde doit prendre plusieurs jours, et les intéressés précisent, que “nous ne savons pas si donner un ordre de destruction alors que nous sommes en pleine sauvegarde ne va pas mettre en rideau tout le système”. De plus, il faut noter qu’un premier rapport concernant ces caméras en prise directe avec l’événement a été envoyé au ministère de l’Intérieur, et étrangement, ce serait ces mêmes caméras qui sont visées par la réquisition de la SDAT.

Cependant, loin de nier, le parquet de Paris a confirmé l’information. Il explique très simplement que la police judiciaire a déjà récupéré l’ensemble des vidéos. Dès lors, il convient d’éviter une utilisation malveillante, des diffusions macabres et morbides, des détournements d’images. Il faut prévenir la dignité des victimes. De plus, à la chancellerie, on précise que la demande d’un effacement “complet” s’explique par l’impossibilité de procéder à des destructions partielles sur ce type de matériel.

Si d’un côté, on peut s’inquiéter, pour des raisons évidentes de transparence de l’info, de la promptitude des autorités à “garder “des images importantes. De l’autre, il apparaît nécessaire, par respect aux victimes et à leurs familles de prendre des mesures pour “protéger” des images, qui sinon vont être immanquablement reprises sur internet et mises à toutes les sauces.

La gestion des images a évolué, il ne s’agit plus simplement de contrôler quelques caméras de reporters, mais bien des milliers d’images qui circulent pour le bonheur de la liberté d’expression, du défoulement de tous, mais aussi pour le malheur du respect de la vie privée, de la décence et la pudeur.

On revient toujours à la même problématique, qui surveille celui qui surveille ?

Crédit photo :  Frédéric Bisson