Ce qu’il y a de bien avec nos amis néerlandais, c’est que sur le plan sociétal, ils osent des choses que nos sociétés plus figées ne font qu’évoquer. Rotterdam a décidé de rémunérer les automobilistes pour les décourager de prendre leur véhicule aux heures de pointe. Le résultat est clair, le trafic a diminué de 5 % à 10 % dans la capitale industrielle des Pays-Bas.

Les mêmes choses, provoquent les mêmes choses, et les villes des Pays-Bas sont comme les villes françaises, victimes des embouteillages. La réponse par contre est plus surprenante. Après avoir fait les aménagements routiers de rigueur et classique pour fluidifier le trafic, plusieurs villes des Pays-Bas ont instauré le principe d’un « péage positif ».

De manière très concrète, c’est une société du nom de BNV Mobility, une filière d’Egis, qui a piloté le projet à Rotterdam. Héline Mikielski, chargée de projet mobilité explique, que pour le trafic « il suffit de supprimer 8 % à 10 % du trafic aux heures de pointe pour le rendre fluide« . Le choix a été fait de récompenser ceux qui jouent le jeu plutôt que de contraindre tout le monde. Ainsi, sur les 10 000 participants, 40 % ont accepté de décaler leurs horaires, de faire du covoiturage, de rouler en vélo ou de prendre les transports en commun, soit près de 4 000 trajets évités chaque jour à Rotterdam. Le programme s’adresse bien sûr qu’à certains automobilistes. La société identifie d’abord les automobilistes qui empruntent régulièrement les portions de route congestionnées, et leur propose de changer leurs habitudes. Avec ceux qui acceptent, elle installe ensuite un système, qui détecte les plaques d’immatriculation des voitures.

Si le véhicule ne passe pas ou qu’il est en dehors des heures de pointe, il reçoit un crédit de 3 euros en cash ou de 3,50 euros sur une carte de transport. Sur un mois un automobiliste peut ainsi gagner jusqu’à 120 euros.

A la fin, une balance est faite, d’un côté le coût du programme, qui s’élève à plusieurs millions d’euros par an à la ville de Rotterdam et il est assumé par les pouvoirs publics. De l’autre, les frais générés par les embouteillages. A ce sujet, des études ont déjà été faites et Inrix, une société de services d’info-trafic, a calculé les coûts directs, comme le carburant gaspillé, les retards de salariés, les coûts supplémentaires pour les transporteurs routiers etc… Concernant les coûts indirects, comme par exemple la hausse au final des prix à la consommation, des embouteillages pour la France. La facture était de 17 milliards d’euros en 2013, et devrait passer à 22 milliards en 2030.

Il faut aussi mettre dans la balance, le but recherché, c’est-à-dire une meilleure qualité de circulation et un effort en direction de la pollution. Le programme dure un an, mais la société a constaté que 85 % des participants conservent leurs nouvelles habitudes après la fin du programme.

Un test a été mené à Boulogne-Billancourt cet été auprès d’une cinquantaine de participants. L’expérimentation est financée par la société du Grand Paris, qui réfléchit à la mettre en place dans d’autres villes de la région parisienne.

Cependant, ce qui marche à un endroit n’est pas forcément universel, et d’autres solutions qui sont apparues jouables, se sont heurtés sur le rapport du français avec sa voiture, et qui a clairement des raisons que la raison ignore.

Crédit photo : Jeroen Hillenga